Le calme perdu du village de Couy, après la disparition d'un couple
homosexuel
Que s'est-il passé dans le petit village de Couy (Cher), dans la nuit du 7 au 8 mars ? Un mois après la disparition d'un couple homosexuel dont les corps n'ont toujours pas été retrouvés, le
mystère n'est pas encore percé.
Guy Bordenave et Luc Amblard, âgés de 39 ans et 56 ans, se sont volatilisés dans la nuit du 7 mars.
C'est la soeur de Guy qui a donné l'alerte, inquiétée par la soudaineté de leur départ.
Le 11 mars, les premières investigations sont lancées.
Passé au peigne fin, l'intérieur de leur domicile donne le sentiment d'un départ précipité : la voiture est toujours dans le garage, la trousse médicale de Luc Amblard, qui souffre de diabète, n'a
pas été emportée..
Le couple avait l'habitude de voyager, mais jamais sans donner de nouvelles aux familles.
"Ce qui m'a inquiétée, c'est que Guy n'a pas appelé sa
mère", explique l'épicière du village.
Très vite, l'emploi du temps des disparus est reconstitué.
Le gérant de l'épicerie se souvient avoir vu Guy Bordenave dans la matinée du 7 mars.
"Vers 11 h 30, il est venu chercher ses cigarettes et son pain. On a parlé, on a
blagué un peu."
Dans l'après-midi, ils ont reçu la visite d'un ami.
A deux heures du matin, un voisin a vu de la lumière, ainsi qu'une voiture non identifiée dans la cour.
Depuis, aucun signe de vie.
Peu à peu, l'enquête prend de l'ampleur.
Une information judiciaire est ouverte le 17 mars, donnant le sentiment que la justice favorise la piste criminelle.
Deux personnes sont finalement interpellées le 31 mars, l'un dans le village voisin de Boulleret, l'autre dans les Landes.
Elles avaient déjà été arrêtées au début de l'enquête "mais la garde à vue n'avait pas abouti", explique le commandant Jean Parra, qui dirige la section de recherche de la gendarmerie de
Bourges.
Les deux suspects, déjà condamnés par la justice, sont des connaissances du couple.
Ils ont été mis en examen pour enlèvement et séquestration suivis de la mort des victimes, le 31 mars et le 1er avril, et encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
Le procureur de Bourges, Eric Mathais, ne laisse plus de doute sur la mort des deux disparus.
Mais les corps sont introuvables et la question du pourquoi reste en suspens.
"Couy est un village paisible qui n'a jamais posé de
problème", affirme le député (UMP) de la
circonscription, Louis Cosyns.
Niché en plein milieu de la campagne berrichonne, avec son école, son épicerie, son église romane, sa fête du 15 août, son club des aînés et son association de chasse, le village attire de plus
en plus les jeunes ménages.
Les 360 habitants sont agriculteurs, militaires, retraités, employés dans les villes avoisinantes.
"C'est un village où l'on vit bien", poursuit le député.
Mais depuis le 7 mars, le calme de Couy s'est volatilisé.
Le maire, Bernard Bret, raconte qu'une mère de famille dont le mari travaille à Toulon se barricade chez elle tous les soirs, à partir de 19 heures.
Le gérant de l'épicerie ne se sent pas non plus en sécurité : depuis la disparition, il relève les numéros d'immatriculation de toutes les voitures qui passent, "on ne sait jamais".
Une habitante se dit encore "sous le choc de savoir que ça s'est passé là, juste à côté".
Le couple homosexuel à l'entrée du village, ils le connaissaient peu, mais beaucoup se souviennent de sa courtoisie.
"C'était des gens gentils avec mes clients et avec moi-même", se rappelle l'épicière.
Leur voisine les décrit comme des gens "discrets". "
Ils avaient leur vie, ils ne se mêlaient pas avec les gens du village."
Après tout, à Couy, on parle peu.
"La vie privée des gens, ça ne nous regarde pas", estime l'épicière.
Guy Bordenave et Luc Amblard, qui étaient originaires de la région, s'étaient installés à Couy en 2005.
Le couple, qui avait eu dans le passé plusieurs sociétés, dirigeait la société Bourges Gala, spécialisée dans l'événementiel.
Un des suspects a reconnu sa participation aux faits "dans un contexte de recherche d'argent et d'usage frauduleux de cartes bancaires", précise la gendarmerie.
Le commandant Jean Parra a cependant indiqué qu'il était prématuré de parler des causes de la disparition.
Source : Aurélie Collas LeMonde
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