Vendredi 23 novembre 2007
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Publié dans : Musique
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Une symphonie presque pathétique
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23 Novembre 2007 à 20H00
Salade Russe II - Automne - Le monde de la symphonie II - A la carte
Salle Pleyel /Paris
La Sixième et dernière symphonie de Tchaïkovski est entrée dans la postérité munie du qualificatif
"pathétique". L'avant-dernière, comme d'ailleurs la Quatrième, aurait pu elle aussi mériter ce sous-titre, tant les trois partitions sont placées sous le signe du même fatum, ce destin qui finit
par broyer la vie de Tchaïkovski. Profitons-en pour revenir un moment sur cette Cinquième Symphonie, que l'Orchestre Philharmonique de Radio France interprétera, le 23 novembre, sous la direction
de Manfred Honeck.
Les six symphonies de Tchaïkovski peuvent aisément se répartir en deux ensembles de trois symphonies chacun. Les trois premières, plus variées d’atmosphère et d’inspiration, sont encore des œuvres
de relative jeunesse et d’insouciance créatrice. A partir de la Quatrième, Tchaïkovski exprime ses obsessions : il est hanté par le fatum, le poids du destin l’accable, l’angoisse
métaphysique le ronge ; la vraie-fausse symphonie Manfred (1885) participe de la même sensibilité.
Sans trop solliciter l’anecdote, on peut remarquer que la Quatrième Symphonie est entreprise en mai 1877, au moment où Antonina Ivanovna Milioukova, une des étudiantes de Tchaïkovski,
persuade celui-ci de l’épouser ; mauvaise bonne nouvelle qui intervient alors que le compositeur, homosexuel notoire mais honteux, essaye de donner à la bonne société de son temps tous les gages de
la respectabilité. Cette année 1877, enfin, est celle qui voit Tchaïkovski commencer d’entretenir une correspondance passionnée avec la lointaine et protectrice madame Nadejda von Meck, liaison
singulière qui durera quatorze années. C’est à elle, femme idéale, compréhensive et adorée, qu’il parlera le plus volontiers et avec le plus d’effusion du fatum, «cette force fatidique qui
empêche l’aspiration au bonheur d’aboutir, qui veille jalousement à ce que notre félicité ne soit jamais parfaite, qui reste suspendue au-dessus de notre tête comme une épée de Damoclès et qui
perpétuellement verse le poison dans notre âme».
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Pathos et providence
Plus de dix années séparent la composition de la Quatrième de celle de la Cinquième Symphonie (cinq ans sépareront celle-ci de la Sixième). Entre temps, Tchaïkovski n’a rien
résolu ; il est toujours habité par les mêmes hantises contradictoires, malgré l’échec de son mariage qui a dissipé toutes les illusions et tous les mensonges. Il avoue même à sa protectrice : «Il
me semble que je n’ai plus la facilité d’autrefois.» Le destin n’est pas pour autant chez Tchaïkovski un procédé dramatique facile mais un sentiment cruellement éprouvé. Annoncé par des fanfares
éclatantes et menaçantes dans la Quatrième Symphonie, il est exprimé d’une manière plus malléable et plus insidieuse dans la Cinquième, qui aboutira au délitement sentimental de
la Sixième, très opportunément baptisée «Pathétique».
Tchaïkovski écrivit lui-même un commencement de programme pour le premier mouvement de sa Cinquième Symphonie. On ne peut guère affirmer que celui-ci brille par sa précision :
«Introduction. Résignation complète face au destin ou, ce qui revient au même, face à la prédestination insondable de la Providence. Allegro (I) Murmures, doutes, plaintes, reproches à l’égard
d’XXX. (II) Dois-je me jeter dans l’étreinte de la foi... ?» Qui est XXX ? Un personnage vivant ? Un fantôme ? L’obsession qui taraude le compositeur ? De fait, le premier mouvement commence, sans
fioriture, sur la citation, dans le mode sombre et douloureux (clarinettes et cordes), du motif dit de la Providence. Commé l’écrit André Lischké, «la Cinquième Symphonie est la seule de
Tchaïkovski à être intégralement cyclique ; en effet, le thème morne et angoissé par lequel elle débute se retrouvera dans tous les autres mouvements : retentissant au milieu de la noblesse
pathétique de l’Andante cantabile, lugubre dans les dernières mesures de la gracieuse valse, il prend dans le finale une coloration religieuse, se rapprochant de l’esprit d’un choral».
Le mouvement lent est une rêverie qui tend à la confession passionnée mais se voit interrompue par le thème de la Providence qui se dresse tout à coup tel un fantôme vengeur. La tendre cantilène
reprend, malgré les menaces, se hâte comme sous l’effet de l’urgence d’une étreinte à accomplir, essaye de triompher, mais le motif de la Providence revient et impose le silence.
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Le troisième mouvement est une valse. Dans la Sixième Symphonie, Tchaikovski écrira aussi une valse, située en deuxième position, avant un scherzo-marche véhément. Mais la
Pathétique comporte en réalité deux morceaux lents (les premier et quatrième mouvements), alors que la Cinquième épouse encore relativement le moule classique. La valse fait donc
ici figure de scherzo, à tout le moins d’intermezzo. Son motif est inspiré d’une chanson que Tchaïkovski avait entendue, à Florence, fredonnée par un jeune garçon. Elle n’est pas interrompue
brutalement, à l’inverse du précédent mouvement, par le motif de la Providence ; celui-ci, au contraire, vient rappeler son existence à l’auditeur, discrètement et comme sournoisement, à la toute
fin du morceau.
Le finale ne va pas par quatre chemins. Il cite d’emblée la Providence, mais cette fois avec assurance. Cette nouvelle manière, après les luttes glorieuses qu’on pressent et qui ne manqueront pas
d’avoir lieu, aboutit à une fausse coda typique de Tchaïkovski (accords successifs superposés à un roulement de timbales ff). Puis le thème revient, sur le mode martial et triomphal.
Péroraison qui peut prêter à sourire : Tchaïkovski y voyait lui-même «des couleurs exagérées, un certain manque de sincérité ou une certaine fabrication que le public reconnaît instinctivement».
Trop victorieux pour être vrai, en effet.
Christian Wasselin
Le concert du 23 novembre sera diffusé en direct sur France Musique et dans le cadre des échanges franco-allemands.
Source : http://www.radiofrance.fr
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