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Sida : des médicaments à même les fonds marins
S’il est un endroit sur Terre que l’homme connaît encore très mal, ce sont certainement les fonds marins. Et c’est
bien dommage, car à en juger par le petit peu qu’on en sait, ces endroits recèlent une foule de médicaments potentiels qui attendent d’être découverts.
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«Beaucoup d’animaux marins ont le corps mou, alors leurs principales défenses contre la prédation et la compétition
sont chimiques», a indiqué hier, au congrès de l’Acfas, Annie Mercier, professeure en sciences de la mer à l’Université Memorial, à
Terre-Neuve.
Pour cette raison (entre autres), dit-elle, les organismes marins produisent de nombreuses substances pouvant avoir un intérêt médical.
Cette gamme est d’autant plus large, poursuit Mme Mercier, que les océans abritent une biodiversité qu’on a longtemps sous-estimée.
Sur les 38 grandes catégories d’êtres vivants connus (les phylums), 19 sont exclusivement aquatiques, contre une seule qui est exclusivement terrestre, le reste étant en quelque sorte
«amphibie».
Les efforts de recherche ont permis jusqu’à maintenant de découvrir des milliers de nouvelles molécules aux usages variés.
Par exemple, illustre Mme Mercier, une espèce d’éponge nous a donné la spongothymidine, dont
on a dérivé l’AZT, un médicament utilisé pour combattre le sida, l’ara-A, efficace contre l’herpès, et l’ara-C, utilisé dans le traitement de la
leucémie.
Hier, lors du colloque "La biodiversité marine au service de la santé", plusieurs chercheurs ont annoncé des percées concernant des organismes du Saint-Laurent et du golfe.
Ainsi, le crabe des neiges produirait des substances antimicrobiennes, tandis que certains tissus de l’oursin vert, animal exploité commercialement au Québec depuis 1994, auraient des propriétés
antioxydantes.
À l’échelle mondiale, dit cependant la chercheuse, le plus clair des recherches est tourné vers la Méditerranée et les Caraïbes, sans doute parce que les récifs coralliens, où la biodiversité est
très grande, se concentrent dans les régions tropicales.
Des résultats encourageants ont été obtenus jusqu’à présent, mais ce ne sont pas nécessairement les meilleurs endroits où chercher, croit Mme Mercier.
Bien que, sur Terre, la biodiversité diminue à mesure que l’on approche des pôles, ce «théorème» ne s’applique pas aux fonds marins.
«Sous 1000 mètres d’eau, les différences de climat se trouvent aplanies, les températures changent moins selon les latitudes», dit Mme Mercier.
Sans compter que les eaux chaudes sont généralement assez pauvres, car elles contiennent moins d’oxygène que l’eau froide.
«C’est pour ça, par exemple, que les baleines viennent se nourrir ici.»
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Une ressource à ménager
Le plus gros des découvertes serait donc à venir, déduit-elle, car les grands fonds constituent 60 % de la surface du
globe et que, selon les biologistes, entre 10 et 30 millions d’espèces inconnues y vivent.
Il risque cependant d’y avoir une limite à ce que les océans nous donneront.
«Les animaux produisent généralement des molécules à leur échelle à eux, c’est-à-dire en faibles quantités, donc l’approvisionnement durable peut être difficile.
Par exemple, en ce qui concerne l’halichondrine (une molécule anticancer), il faut pêcher 10 000 tonnes d’éponges pour en obtenir cinq kilogrammes.»
Dans le cas de certaines éponges, poursuit-elle, «ça a été des massacres parce qu’on avait commencé à commercialiser les molécules avant d’être capables de les synthétiser. Heureusement, ce
sont des organismes qui se régénèrent très rapidement», mais ce ne sera pas le cas de toutes les espèces…
Source : d'après cyberpresse.ca
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