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Sous les dépravés, la plage
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Le maire de Trois-Bassins l’a annoncé dès lundi soir sur les ondes de Radio Réunion et nous l’a confirmé hier : il
va “nettoyer”, “avec les forces de l’ordre et les gaz lacrimogènes, s’il le faut”, les nuits de la Souris Chaude.
Roland Ramakistin s’appuie pour cela sur des “informations pas tout à fait officielles” qui lui sont “régulièrement remontées”.
Des “rumeurs persistantes”.
Que se passe-t-il donc après le coucher du soleil sur le littoral trois-bassinois qui fasse sortir le maire de ses gonds ?
“Drogues dures” et “pédophilie” selon lui.
La preuve n’en est cependant pas apportée.
Alors que la réputation de ce haut lieu de la drague homosexuelle n’est plus à faire, c’est certainement ce dernier mot, “pédophilie”, lâché du bout des lèvres, qui interpelle le
plus.
Car la consommation de drogue est, elle, déjà bien connue.
Nous avions même évoqué en 2007 la présence de seringues dans les fourrés, seringues qui ne sont d’ailleurs plus utilisées, remplacées par les pilules de viagra.
En revanche, la fréquentation régulière de mineurs paraît plus surprenante.
Et ce, même si l’histoire d’Alexandre, 16 ans, avait été médiatisée en 2005.
“Il n’y a pas encore eu de véritable enquête mais on nous a signalé la présence de très jeunes hommes, précise le maire. Attention, quand on parle de délinquance des jeunes, dans ce cas
précis, ils seraient plutôt victimes”.
Des cas de jeunes prostitués ont, en tout cas, été signalés par plusieurs observateurs des lieux.
Un employé de l’Association réunionnaise de prévention du Sida (ARPS), qui y intervient une fois par mois, témoigne : “Les gens nous font confiance là-bas, ils nous parlent, ils
se confient. Et effectivement, on nous raconte des rapports sexuels payants”.
En revanche, pas de trace de mineurs selon lui.
Les pédophiles sont peut-être plus méfiants.
Sur place, la journée, les surfeurs sont aux premières loges pour observer les va-et-vient dans les buissons.
Finalement pas gênant pour eux.
Mais ils ne fréquentent pas le lieu la nuit tombée.
Plusieurs d’entre eux avouent même ne plus oser passer par les chemins le soir.
Ils empruntent le bord de la route nationale lorsqu’ils sont à pied et dressent un tableau bien sombre des nuits de la Souris Chaude.
“La journée, on ne fait que te proposer, sans insister. Mais la nuit c’est autre chose”, témoigne l’un d’eux.
“En rentrant un soir, un mec m’a proposé et a insisté plusieurs fois alors que je lui disais non. Il a fini par m’attraper à l’épaule, et j’ai dû lui en coller une pour me dégager”,
raconte Giovanni.
Le patron du camion bar “Trois Bassins surfing” surfe le spot depuis des années.
“C’est difficile de dire exactement ce qui se passe la nuit parce qu’on évite d’y passer. Mais j’ai vu partir des gamins sans argent pour s’acheter un sandwich et revenir avec des billets.
J’ai même vu une fois des mecs s’échanger des billets en pleine journée”.
William et les autres nous invitent à passer le soir, quand des files continues de voitures s’arrêtent sur la voie parallèle à la route nationale.
Hier en toute fin d’après-midi, un homme attendait dans son véhicule, à l’ombre.
La patrouille de gendarmerie passée quelques secondes avant nous, mais en voiture, n’a évidemment pas pu voir qu’il ne portait pas de pantalon.
Si la nuit, le ballet des phares sur le parking est bien connu, la présence d’adolescents l’est peut être moins.
Tout comme celle des jeunes racketteurs qui fréquentent régulièrement le coin.
Facile en effet lorsque les victimes n’osent pas porter plainte.
Une agression la nuit à la Souris Chaude : trop stigmatisant.
Alors pourquoi une telle faune sévit-elle chaque soir ?
“Parce que les lieux s’y prêtent, sont propices”, s’avance Roland Ramakistin.
“C’est la conséquence inévitable du manque d’urbanisation, du manque d’aménagements”.
On connaît l’ambition du nouveau maire pour les plages de sa commune.
Rappelons qu’une grande partie de la zone appartient désormais au Conservatoire du littoral.
Est-il possible de venir à bout d’une telle population nocturne qui a bien souvent disparu avant même que la gendarmerie ne coupe le contact de son véhicule ?
Pierre Heideger n’avait pas réussi.
Sans doute pris dans un amalgame fâcheux avec les nudistes qui fréquentent le site la journée et à qui il avait déclaré la guerre.
Roland Ramakistin affirme qu’il n’hésitera pas à “faire intervenir la force publique”, et le répète, quitte à utiliser des “gaz lacrymogènes”.
La température devrait encore monter d’un cran les prochaines nuits à la Souris Chaude
Vous avez dit ?