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L’école doit parler de l’homosexualité
C’est jour de Gay pride en métropole. À La Réunion, pas de défilé. L’homosexualité est encore un sujet tabou dans
les familles. Témoignages et espoirs de briser la chape d’homophobie par une véritable prévention à l’école.
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Alors que l’île est tant louée comme terre de tolérance, elle s’enferre dans l’homophobie.
“C’est encore très difficile de se dévoiler homosexuel à La Réunion”, lâche Jean-Sébastien Lavarel, l’un des membres fondateurs de l’association Gay-Union.
Il dénonce “une stagnation préoccupante” de la situation locale.
“Parmi ceux qui se sont dévoilés, beaucoup ont été rejetés par leur famille”, assure-t-il, précisant que la situation est différente pour les métropolitains et les Réunionnais.
A cause de la pression familiale, “il est beaucoup plus difficile pour un homosexuel réunionnais de s’affirmer”.
Dany, 22 ans, créole, a franchi le pas et parlé à ses parents à 18 ans.
“Toute la famille est venue me voir comme si j’allais mourir, comme si j’avais un cancer, se souvient-il. C’était comme des messages de solidarité face à la maladie.”
Lui n’a pas été rejeté “et pourtant je viens d’une famille 100% réunionnaise”, précise Dany.
Il explique qu’il a réussi à “instaurer un dialogue clair, concret” avec ses proches.
Après une grande réunion familiale, Daniel n’en a plus entendu parler pendant un an, jusqu’à ce qu’il décide de présenter son ami, “un métro”.
“Quand ils ont vu que mon couple s’inscrivait dans la durée, ils m’ont dit : tu fais ta vie.”
“JE VIS DANS LE MENSONGE, ÇA ME RONGE”
Daniel sait qu’il compte parmi les trop rares cas où ça se passe bien.
“J’ai d’autres amis qui ont tout plaqué. Ça peut aller jusqu’au suicide. D’autres vont aussi aller contre leur nature en présentant une fille à leurs parents pour renouer les
rapports.”
Claire(*), bientôt la trentaine, le cache encore à ses parents.
Elle est métropolitaine.
Le fait d’être venue travailler à La Réunion lui permet a contrario “de vivre plus librement”.
Pourtant, “je vis dans le mensonge et ça me ronge”, admet-elle.
“Ma mère le prendrait certainement bien. Mais mon père risque de me rejeter. Je n’ai pas envie de décevoir mes parents.”
Dans la famille, seul son frère est au courant, parce qu’il lui a posé la question.
Pour la jeune femme, “le dire c’est un moment affreux, comme si on avouait une faute”.
D’autant, qu’elle l’explique ouvertement : “Ça me confronte à chaque fois à ma sexualité. Et moi, je peux aimer d’amour une femme. C’est le cas. Mais sexuellement, je serais plus attirée
par les hommes.”
Claire s’interrompt, sourit : “On entre rarement aussi facilement qu’on aimerait dans les cases.”
Elle dit s’assumer de plus en plus, ne s’en cache plus au boulot, après avoir subi des réactions “complètement homophobes” au sein de son ancienne entreprise.
“T’y crois pas que ce soit possible au XXIème siècle, s’indigne-t-elle. Et à La Réunion, c’est encore pire. Beaucoup doivent refouler ici.”
Elle raconte que même en tant que métro, elle “ne peut pas avoir de gestes d’amour dans la rue” : “Ce n’est pas possible. Parce qu’on croise des regards, parce qu’on a peur.
L’homosexualité féminine est encore plus tabou.”
Dany comme Claire refusent d’être ghettoïsés, mais sont favorables à des bars et autres lieux gays et lesbiens.
Même s’ils ne se privent pas d’en fréquenter d’autres, ils y trouvent là “un cocon”, “un lieu sans regard, où tu retrouves des gens comme toi”.
Dany compare avec La Martinique qu’il connaît.
Selon lui, “La Réunion a un peu évolué. Cependant, ils vont tous dire qu’ils acceptent, mais dès que ça touche un de leurs proches… C’est le côté insulaire, tout se sait. Et en général, les
parents restent scotchés aux on-dit.”
Il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler qu’aucune personnalité locale n’a fait de coming-out public à La Réunion.
C’est révélateur de l’évolution des mentalités
Bérengère Nauleau
(*) prénom d’emprunt
Souce : Clicanoo
Vous avez dit ?