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Dimanche 20 juillet 2008
publié dans : Vaincre le Sida

Le Sidaction a-t-il privatisé la lutte contre le VIH ?





Alors que Solidays fête ses 10 ans en musique à partir de demain et jusqu’au 6 juillet, la lutte contre le sida n’est pas toujours aussi festive. L’association Ensemble contre le Sida - Sidaction, fondée en 1994, et fer de lance du combat contre le virus HIV, est critiquée par d’autres militants de la cause pour son manque de transparence. Au point, pour certains, de remettre en cause sa légitimité. Ces critiques ne datent pas d’hier, mais un procès, qui oppose Pierre Bergé, président de l’association, à Reda Sadki, militant associatif, et qui doit se tenir à la rentrée, relance la polémique. « Bakchich » s’est penché avant l’heure sur le sujet et vous en dit plus.

par E.B., S.B., Simon Piel


Le 30 juin 2005, Pierre Bergé et l’association Ensemble contre le Sida – Sidaction portaient plainte pour diffamation contre Reda Sadki, militant de la cause des malades du sida depuis 1995, après avoir publié sur internet, en avril 2004, un faux communiqué annonçant la dissolution de l’association.

Le procès devait se tenir le 12 juin devant la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris mais, à la demande des deux parties, celui-ci a été reporté, probablement au 17 octobre.

Le fameux communiqué, aux accents de poisson d’avril, n’avait pas beaucoup fait rire le sémillant Pierre Bergé qui, du coup, a également attaqué en son nom propre.

Extraits.

Des extraits du faux communiqué

Sidaction : Communiqué d’Ensemble contre le sida

MARRAKECH, 1er avril 2005 (Reuters-AFP)

Face à l’échec du Sidaction, l’association Ensemble contre le sida a annoncé aujourd’hui sa dissolution.

A l’occasion d’une conférence de presse tenue dans son palace de Marrakech, M. Pierre Bergé, président du Conseil d’administration, a déclaré : « Nous avons trompé nos donateurs pendant des années, mais il faut se rendre à l’évidence : l’argent récolté par le Sidaction ne sert qu’à nourrir des dirigeants associatifs qui se préoccupent de la santé de leurs associations avant celle des séropositifs ».

(…)

M. Bergé a regretté avoir ignoré le rapport pourtant accablant de la Cour des comptes, qui avait dénoncé le « manque de vigilance dans le maniement des fonds », des « dysfonctionnements graves » et même des « détournements ».

« J’aurais dû démissionner avec le reste du Conseil d’administration, aujourd’hui je vais faire amende honorable. »


Pour Bergé, « c’était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », explique son avocat, Me Tordjman.

Selon le texte de la plainte d’ECS, « cet article est tout d’abord mensonger dans son titre puisqu’il laisse croire aux internautes qu’il ne s’agit que d’un communiqué officiel de l’association Ensemble contre le sida, dans le but d’accréditer la réalité des informations publiées » (…)
« Imputer à ECS de tromper ses donateurs est attentatoire à son honneur et à sa considération, et ce d’autant que l’association a été reconnue d’utilité publique du fait, entre autre, de l’efficacité dont elle fait preuve dans la lutte et le financement pour la recherche contre le sida. »


Le Sidaction illégitime ?


Mais derrière cette affaire se joue une part de l’histoire de la lutte contre le Sida autrement plus importante.

Depuis 1994, année du premier Sidaction, des associations, ici ou là, ont critiqué le fonctionnement d’Ensemble contre le Sida, lui reprochant d’avoir privatisé la lutte contre le virus HIV.

Reda Sadki est l’un d’eux.

Engagé pour des raisons personnelles dans cette cause, il a fondé, le 14 juin 2003, l’association le Comité des familles pour survivre au Sida et présente depuis 1995 l’émission de radio survivre au sida.

Régulièrement, sur le site lemegalodon.net, il « dénonce les requins du sida » qui ont privatisé la lutte et leur reproche le manque de transparence dans l’attribution des fonds. Pour lui, le Sidaction est « illégitime ».

Dès les semaines qui ont suivi le premier Sidaction, le 7 avril 1994, qui récolta, contre toute attente, près de trois fois les prévisions les plus optimistes avec 298,74 millions de francs, des petites associations critiquèrent la façon dont étaient redistribués des fonds dont l’importance était sans précédent.

Ainsi, dès janvier 1995, le directeur exécutif d’ECS, Hugues Charbonneau, dut s’expliquer.

Il le fit dans le Journal du sida, publication de l’association Arcat Sida, elle-même membre du Conseil d’Administration d’ECS.

Il y affirme que « non, le Sidaction n’est pas mal géré ! » et donne des gages de transparence pour la suite.

« Le nombre de dossiers à traiter est important, et la tâche pour un seul comité est très lourde. »
, écrit-il.

La presse régionale, notamment, s’empare de la polémique. La revue Combat face au sida y consacre un long dossier dans son premier numéro de septembre/octobre 1995.

A chaque fois, les publications concernées devront publier un droit de réponse d’ECS.


Un rapport de la Cour des comptes controversé


En décembre 2000, la Cour des comptes publie un rapport sur les comptes d’emploi pour 1994 à 1996 sur les fonds Sidaction.

Les deux parties qui se retrouveront à la 17ème chambre s’opposent sur l’interprétation qu’il faut en faire.

Le rapport mentionne un « manque de vigilance dans le maniement des fonds » confiés à la Fondation pour la Recherche Médicale, des « dysfonctionnements graves » de certaines associations bénéficiaires de subventions d’ECS, et des « détournements » commis par la directrice d’une association, le Bus des femmes, bénéficiaire elle aussi de subventions d’ECS.

Pour Reda Sadki, il s’agit « d’indices tangibles de la dérive du Sidaction ».

De son côté, ECS souligne le fait qu’à aucun moment l’association est mise en cause directement, affirmant toutefois que « tout système est à parfaire ».

 

Plus largement, Me Tordjman, avocat d’ECS et de Pierre Bergé, explique à Bakchich que « le canular de M. Sadki dépasse le cadre de la libre critique. La liberté d’expression s’arrête où commence l’infraction pénale. On ne prétend pas être parfait mais là nous ne sommes plus dans le débat. Et malheureusement, tout cela dessert la cause. »

Enfin, les négociations pour un accord à l’amiable sont au point mort.


Pierre Bergé : « Nous étions juges et parties, c’était clair »
 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Quelle est la réalité de la transparence de la redistribution des fonds du Sidaction ?

A la fin de l’année 2007, Bakchich avait enquêté et recueilli diverses réactions audio, dont celle de Pierre Bergé.

Depuis, vérification faite auprès de la préfecture, l’association Ensemble contre le Sida s’est mise en règle sur ses déclarations d’appel à la générosité publique.

Une bonne nouvelle pour la transparence.

De là à calmer la colère des militants qui s’estiment lésés par l’association, il y a un (grand) pas.

Par ailleurs, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) doit rendre un rapport en septembre sur la gestion des fonds du Sidaction.

La Cour des comptes, elle, devrait publier un rapport d’ici la fin de l’année.

D’ici là, rendez-vous le 17 octobre.


Source : Backchich

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