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Mercredi 9 juillet 2008
publié dans : Homophobie

Roméo & Jules







Contre l’hétérocentrisme et l’homophobie à l’Ecole



Dis, comment on fait les enfants ?

A l’heure du droit à la filiation pour tous, revendiqué dans une admirable
tribune publiée dans Le Monde, ça va devenir coton pour les parents de répondre à cette question (qui n’était déjà pas si simple avant).

Autant qu’ils le sachent : ils devront faire attention à ce qu’ils disent. Et aussi à ce qu’ils font.

Ils doivent cesser d’inculquer de scandaleux préjugés hétéro-centristes à leurs rejetons.

Et existe-t-il un environnement plus hétéro-centré qu’un homme et une femme qui décident d’avoir des enfants… ensemble ?

Le résultat, on le connaît : au collège, nombre de ces enfants pensent encore (ou déjà) que les humains sont issus de l’accouplement d’un homme et d’une femme.

Serge (homo, bi, trans ou lesbienne, on ne saurait trancher car Serge pourrait être une femme qui a choisi un prénom trans, méfions-nous de nos préjugés), Serge donc, 37 ans, prof de sciences éco dans le centre de la France, déplore dans
Libération que les préjugés de ses élèves soient très “hétéro-centrés” : “On se marie pour la vie, devant le prêtre, l’union libre ce n’est pas une famille.”

Ils sont carrément réacs, ces chers bambins dont on attend qu’ils précèdent le réel en mouvement.

Voilà comment une éducation orientée perpétue la domination de l’antique modèle familial et fournit à l’Ecole des contingents d’élèves qui offrent un terrain favorable à l’homophobie.

Ce scandale doit cesser.

En conséquence, le problème de l’Ecole aujourd’hui n’est ni la violence, ni le niveau, ni la destitution des professeurs (et des bons élèves qualifiés au mieux de bouffons), mais la survivance du vieil ordre hétéro-centré homophobe dont les Français, consultés par sondage, réclament massivement la disparition, mais qui, ne nous voilons pas la face, subsiste encore sous forme d’injure de cours de récré.

C’est dire si les organisateurs de la “Marche des fiertés” lesbienne, homo, trans et bi, comme on dit désormais sans rigoler, ont vu juste en plaçant la dernière édition sous le signe de l’homophobie à l’Ecole.

Faut dire qu’il n’y a pas de quoi rire : alors que l’homosexualité doit encore se cacher en France, on ne se plaindra pas qu’un jour par an, elle ose descendre dans la rue.

On ne peut que se féliciter que cette grande cause mobilise les grands médias et même le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos qui a accordé un entretien à Libération.

Comme chaque année, le quotidien a accompagné la Gay Pride en publiant, toute la semaine précédant l’événement, des analyses de cet inquiétant phénomène (pas la Gay Pride, bande d’ânes, l’homophobie).

Certes, à en croire Darcos, les violences homophobes représentent moins de 1% du total.

“Mais il s’agit de signalements, non de la réalité, précise-t-il. L’homophobie est une attitude, elle crée un climat et ne s’exprime pas forcément par des violences. Il est en outre toujours un peu compliqué de la dénoncer. L’omerta sur tout cela est toujours présente.”

On imagine combien Darcos doit se sentir mal à l’aise au sein d’un gouvernement qui, selon les signataires du texte déjà cité, pratique une “homophobie d’Etat”, pendant naturel de la xénophobie d’Etat que l’on sait.

Ils savent que le projet d’union civile du chef de l’Etat est un leurre destiné, en fait, à interdire aux homosexuels “l’accès à la filiation”.

Quant à ceux qui osent émettre des doutes sur l’homoparentalité, non pas au sot prétexte que deux hommes ou deux femmes (ou deux trans) seraient incapables d’élever un enfant, mais parce que dire à un enfant qu’il a deux pères serait un mensonge et un mensonge anthropologique, ils ne font que tenter de camoufler leur homophobie primaire.

L’une des solutions qui, malheureusement n’a pas été retenue, tant sur ces questions la frilosité est de mise dans la France sarkozyste, serait de retirer aux parents les plus dangereusement hétéro-centrés l’éducation de leurs enfants pour la confier à des couples insoupçonnables de tels penchants.

Et certains de ces derniers sont très demandeurs.

En attendant qu’un gouvernement ait le courage de prendre cette mesure, qui pourrait, il est vrai, être impopulaire, l’Ecole est en première ligne.

C’est elle qui porte la lourde responsabilité de rééduquer la jeunesse.

“Rien n’est gagné d’avance Mais il vaut mieux se battre là où il y a un espoir d’aboutir à court terme” admet Alain Piriou, le charmant porte-parole de l’inter-LGBT (Lesbienne, Gay, Bi et Trans) ; au passage, il serait temps que l’on intègre les a-sexuels qui luttent eux aussi pour la reconnaissance.

En tout cas, plus on commencera tôt, plus les chances de réussite seront élevées.

Il n’est pas certain que des gaillards de 15 ou 16 ans soient sensibles à l’argumentation raisonnable que tente régulièrement Françoise, professeure (évidemment) également interrogée par Libé.

“Les enfants, rappelez-vous que la loi interdit de traiter ses camarades de pédés et que l’homophobie est une circonstance aggravante.”

On imagine le succès de cette méthode sous les préaux du 9-3.

Cela dit, c’est de toutes les formes de “barbarie de la pensée” qu’il faut protéger les petits, ainsi que le réclame à juste titre Bertrand Delanoë.

Il sera donc très utile de leur montrer que le racisme et l’homophobie sont les deux visages d’un même mal.

Ca tombe bien, dans Libé, une autre prof, Camille, positive : "question raciale et sexuelle, ils sont demandeurs.”

Il faudra cependant prendre des précautions particulières avec les enfants issus d’une immigration récente.

Sauf à renouer avec les erreurs passées de l’impérialisme, l’Education nationale ne peut exiger d’eux qu’ils renoncent brutalement aux valeurs qui leur ont été transmises par leur famille.

Aussi risquent-ils de souffrir plus longtemps que les autres de leurs préjugés homophobes.

Darcos dit juste : le problème, c’est l’omerta.

Le silence, voilà l’ennemi à abattre.

C’est que malgré la sollicitude dont leurs hormones affolées sont entourées, ces petits nigauds sont souvent très coincés dès qu’il s’agit de sexe – on voit encore là le poids de l’éducation réactionnaire donnée par les familles.

Dans un premier temps, les enseignants auront donc pour seule ambition de libérer la parole des enfants ; ils se préoccuperont ensuite de la purification du langage.

C’est un vieux truc, de parler sexe aux gamins.

L’Eglise en a fait l’expérience au XIXème siècle.

Obsédés par la nécessité de combattre la masturbation, de braves curés ont, à leur corps défendant (c’est le cas de le dire), donné des tas d’idées malicieuses à des générations de garçons tourmentés par la puberté.

Bien sûr, on n’en est plus là.

Notre époque bénie a au contraire entrepris d’apprendre à jouir à ses enfants.

La sexualité n’est plus une liberté qu’on arrache en devenant adulte mais un droit assorti d’un impératif d’exhibition dont chacun doit bénéficier dès son plus jeune âge.

La presse a donc encensé d’une seule voix l’exposition gracieusement intitulée “Le zizi sexuel” qui s’est tenue à la Cité des Sciences à Paris.

L’objectif revendiqué de cette audacieuse manifestation était d’enseigner à des enfants libérés de la présence adulte une sexualité débarrassée de tout ce qui en faisait autrefois les délices – le malentendu, l’ambiguïté, la contradiction, la tension, la honte – une sexualité épanouie dont le but ultime est l’affirmation de soi-même, et aussi, l’apprentissage de la tolérance.

Aussi une circulaire de 2001 incite-t-elle les enseignants à développer “l’éducation à la sexualité comme une composante essentielle de la construction de la personne et de l’éducation du citoyen”.

Pas question, d’en rester là.

Ce ne sont pas seulement les pratiques qui doivent être totalement libres mais l’identité sexuelle elle-même.

“On ne naît pas femme, on le devient”, a écrit Simone de Beauvoir.

Cette formule qui visait à dénoncer la fatalité des appartenances peut être aujourd’hui revendiquée comme définition de la liberté véritable.

Qu’on naisse homme ou femme n’a pas d’importance, on peut devenir tout ce qu’on veut.

Et même enfanter quand on est un homme : aux Etats-Unis, une femme devenue homme qui avait conservé son utérus a pu porter l’enfant d’un donneur anonyme, pour la plus grande joie de sa femme qui, elle, n’avait jamais eu d’utérus, étant née homme.

(Reconnaissons au passage que ces avancées splendides ne vont pas améliorer le niveau en orthographe, car on ne sait plus très bien comment accorder, mais ce serait une excellente occasion d’en finir avec l’orthographe).

“Chacun est ce qui lui plait”, voilà ce qu’il convient d’inculquer aux enfants.

C’est ce qu’a expliqué le psychanalyste Serge Hefez le 30 juin au cours d’une édition de l’émission “C Dans l’Air” (France 5) consacrée au “Troisième sexe”.

“Nous vivons dans une société d’individus qui choisissent le plus librement et le plus égalitairement leur voie, leur chemin”, a-t-il dit sous le regard approbateur des autres invités.

On l’aura compris : derrière un problème que d’aucuns jugent (bien à tort) mineur il s’agit de délivrer l’Ecole et l’ensemble de la société des vieux carcans que sont les normes.

Rien de moins.

Face à un chantier aussi immense, il faut saluer la décision de Xavier Darcos de faire afficher dans tous les établissements de France, le numéro de la ligne AZUR (SOS Homophobie) mais cette salutaire initiative sera sans lendemain si elle n’est pas intégrée à une véritable révolution pédagogique.

Car, on s’en rend compte, l’Ecole est encore beaucoup trop normative.

Or, la seule norme qui vaille, c’est l’absence de normes.

Il y a urgence à s’attaquer à la littérature, véhicule privilégié des tabous et rigidités qui freinent la marche vers le progrès.

Félicitons donc ce professeur photographié dans Libération brandissant une pancarte sur laquelle on peut lire : “ROMEO ET JULIETTE, TRISTAN ET YSEULT = ECOLE NORMATIVE”.

Voilà qui est bien envoyé.

Des siècles d’histoire, de culture et de littérature célébrant à l’envi l’amour entre hommes et femmes ne pouvaient qu’aboutir au résultat désastreux que l’on connaît.

Reste à savoir qui aura le courage de proposer un dépoussiérage des oeuvres étudiées pour en expurger les messages les plus normatifs.

En vérité, il conviendrait d’attaquer le mal à sa source et de réécrire la Bible en remplaçant Eve par un homme ou Adam par une femme.

Nul doute que dans une humanité issue d’un tel couple, l’homophobie n’aurait pas sa place.

Ne nous voilons pas la face.

La route qui nous attend est longue et les obstacles nombreux.

Malheureusement, les partisans de la liberté sont encore faiblement organisés, ainsi que l’a diagnostiqué le sociologue Eric Fassin à “C dans l’Air”.

Interrogé sur l’existence d’un “lobby homosexuel”, il a tout d’abord observé qu’il fallait se méfier d’un terme qui évoquait d’autres lobbys – et peut-être d’autres temps.
“Bien sûr, il y a des associations, des militants et aussi des personnes privées, comme Pierre Bergé qui financent des causes homosexuelles, a-t-il ajouté. Mais n’imaginez pas que sévirait en France une organisation comparable à celle du lobby juif international.”

Espérons que c’est une question de temps.

par Elisabeth Lévy et Cyril Bennasar
(Elisabeth Lévy est journaliste. Cyril Bennasar est menuisier.)

Source : Causeur

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