Le Blog de Jj
ou la vie d'un papa gay à Toulouse
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Hans Hjerpekjön: un père gay |
et Jj commente suivant sa prope expérience !
Ancien président de l'Association Internationale des Gays et des Lesbiennes, Hans Hjerpekjön est prof d'histoire et politicien. D'abord prisonnier des tabous, ce norvégien vit aujourd'hui son homosexualité ouvertement. Il est père de quatre enfants.
Rencontre avec ce quinquagénaire au large sourire dans la cour du Palais de Christiansborg à Copenhague.
Vous avez grandi à une époque où l'homosexualité était le plus grand des tabous.
Dans les années cinquante et soixante, personne ne vivait son homosexualité ouvertement. Personne n'osait l'afficher publiquement. C'était même illégal ! Être homo, ce n'était tout simplement pas une option de vie possible. Privé d'information, on ne pouvait même pas penser être homosexuel. En ce qui me concerne, j'ai eu la chance de tomber un jour sur le seul livre qui traitait de l'homosexualité en Norvège à l'époque. Dans le dernier chapitre, l'auteur s'adressait directement aux jeunes gays et leur disait: confiez-vous au moins à quelqu'un de proche, ne le cachez pas! C'est ce que j'ai fait.
A qui avez-vous parlé?
J'ai commencé par en parler au garçon dont j'étais amoureux. Il l'a très bien pris. Puis je me suis confié à des copains de mon équipe de foot, qui n'y ont pas vu de problème véritable.
a mon meilleur ami du moment, complice et amant, personne d'autre de savait et surtout pas la famille ni les proches, quelques copains devaient bien se douter de quelques choses dans mes goûts pour cet ami qui me suivait partout... Nous étions inséparables, à ce moment là !
A quand remontent vos premières attirances envers les garçons?
Je me souviens d'avoir eu des penchants pour mes camarades de classe alors que je n'avais que 10 ou 11 ans. Bien sûr, je ne mettais pas l'étiquette homosexuelle sur ces sentiments. Je ne pensais pas être amoureux, mais je l'étais bel et bien.
Sincèrement je ne me le souviens plus, aussi loin que je remonte dans ma mémoire, je dirai que ce doit être "de naissance" car finalement, je n'ai jamais rien "fait" avec une fille.
Pourquoi vous êtes-vous marié si vous vous sentiez attiré par les garçons?
Je sortais et je couchais avec des filles. Même si ce n'était pas vraiment ce que je voulais, je le faisais parce que c'était le truc à faire. Et c'était aussi un bon moyen d'être en contact avec les garçons qui me plaisaient. Je ne pensais pas vraiment qu'on puisse être homosexuel. Il y avait certaines rumeurs sordides sur des gens qu'on disait pédés, même après leur mort. Je sais que dans mon entourage, au moins trois personnes se sont suicidées parce qu'elles étaient homosexuelles. Aucune alternative m'était proposée, alors j'ai simplement fait comme tout le monde: je me suis marié.
je pense sincèrement que je me suiis marié pour fouir mon état, si état est le mot qui convient. Je n'étais jamais sorti de mon village, je veux dire par là que je n'ai jamais rencontré de personnes masculines ou féminines me permettant de faire un choix quant à mon orientation sexuelle à venir. J'ai fréquenté les écoles de village avec deux ou trois élèves par cours dansune classe unique. Jamais de colonie de vacances, toujours en compagnie de mon copain, compagnon, confident... Mon grand départ a été dans une école militaire brestoise avec plongeon dans la vie active au milieu d'autres garçons. Je ne connaissais rien du sexe opposé et j'étais toujours attiré par les mâles. Dans ce milieu viril, macho, et homophobe je me voyais mal entamer une vie en couple gay. J'ai donc vécu très rapidement avec une femme qui est devenue la mère de mes enfants.
Votre femme était-elle au courant de vos inclinations?
J'ai été honnête avec toutes les filles avec lesquelles je suis sorti. Je suis d'abord resté quatre ans avec une fille, puis deux ans avec une autre. Quant à ma femme, je lui ai avoué directement mes penchants. Toutes savaient donc parfaitement. Mais on en parlait comme d'un problème, un problème mental.
Pourquoi avez-vous décidé d'avoir des enfants?
Oh! C'est simplement arrivé comme ça! Comme dans la majorité des couples, je suppose.
Mais vous avez quatre enfants!
C'est arrivé sans arrêt! (Rires). Je dois quand même préciser que deux des enfants proviennent du premier mariage de ma femme. Mais ils me considèrent comme leur père, et je les considère de la même manière que mes deux enfants biologiques.
Après quelques temps, vous avez divorcé.
Ma femme était amoureuse de moi. Moi je la considérais comme ma meilleure amie. Elle était au courant de mes tendances homosexuelles. Mais on croyait tous les deux que son amour et mon amitié seraient assez pour maintenir notre mariage. Cela s'est avéré faux. Mais il y a d'autres problèmes que le fait que je sois gay qui ont contribué à la rupture de notre mariage.
Avez-vous parlé de votre homosexualité à vos enfants?
Ma femme et moi avons décidé de leur en parler peu après notre divorce. On en avait beaucoup discuté les deux, et on se posait un tas de questions à ce propos, du genre " Quel est l'âge approprié? " C'est une question stupide: il n'y a pas d'âge pour leur dire. Il faut juste le dire! On l'a fait quand le plus jeune de nos enfants avait quatre ans. Imaginez-vous qu'on ne le leur ait pas dit avant qu'ils atteignent l'âge adulte. Qu'aurait été leur réaction si j'avais débarqué un jour en leur sortant: "Maintenant voilà la vérité à propos de votre père!" Ils se seraient sentis trahis! J'ai passé la moitié de ma vie à cacher ma vraie personne. Je n'allais pas recommencer ce mensonge avec mes enfants!
Comment ont-ils réagi?
Ils ont tous réagi de manière différente. Je ne pense pas que cela leur ait posé un problème au niveau personnel. Je me souviens cependant que mon fils cadet, encore à l'école primaire, a pleuré une ou deux fois parce qu'il avait entendu "homo" comme insulte à l'école. Il n'arrivait pas à comprendre que son père puisse être homo, il ne saisissait pas ce que c'était. On a dû mettre quelques points au clair. Dans des situations comme celle-ci, mes enfants ont pu avoir certains problèmes, on a pu les taquiner, mais ce n'était pas un souci majeur pour eux. Ma fille, par exemple, a vécu un drame bien plus important lorsqu'elle n'a pas été prise dans l'équipe des cheer-leaders de l'école. Elle a versé beaucoup de larmes et en a souffert pendant deux ou trois ans. Le fait que son père soit gay ne lui posait pas de problème particulier.
Mes enfants sont maintenant tous adultes, et nous avons une excellente relation.
Beaucoup de gens pensent qu'un enfant doit impérativement avoir une mère et un père (hétérosexuels) pour trouver l'équilibre.
Peu importe que ce soit une mère et un père, un père seul, une mère seule, deux pères ou deux mères! Ce dont un enfant a besoin, c'est de patience, de temps, d'attention, de dialogue, d'affection, de quelqu'un qui le guide, qui sache dire non de temps à autre, de quelqu'un auprès de qui se réfugier. Les enfants peuvent trouver (ou non) cela chez n'importe qui, quelle que soit son orientation sexuelle.
Je suis vraiment navré de voir que les jeunes gays et lesbiennes d'aujourd'hui ne semblent pas comprendre qu'ils peuvent être parents. C'est triste, d'une part pour eux, car ils en ont les capacités, et d'autre part pour les enfants, qui ont tant besoin d'affection.
N'est-ce pas ironique de constater que dans ma génération, d'innombrables gays sont devenus parents à cause de l'oppression, à cause des préjugés et des tabous. Et maintenant qu'on essaie d'être honnête et ouvert à propos de l'homosexualité, on nous nie le droit d'avoir des enfants! On n'a pas le droit d'adopter l'enfant de son propre conjoint! C'est vraiment tragique!
Avez-vous un partenaire?
Oui, ça fait huit ans que nous sommes ensemble. J'ai eu un autre ami pendant six ans auparavant.
Vous vivez dans une petite ville à l'est d'Oslo. Comment vit-on son homosexualité là-bas?
Ce n'est sûrement pas l'endroit le plus facile pour vivre en tant que couple gay. Mais lorsqu'on est ouvert et honnête, cela ne pose pas de véritable problème. Je suis actif au niveau politique dans ma région, et le fait que je sois gay est connu de tous. Mon partenaire et moi assistons à des réceptions officielles ensemble, il y a même des endroits où l'on peut danser les deux sans que les regards nous tombent dessus. Mais on se contient quand même un peu, suivant les situations.
Pensez-vous qu'il est plus facile d'être jeune gay aujourd'hui, en particulier dans les pays scandinaves?
D'un côté, c'est plus facile, et de l'autre, cela reste toujours un problème. Je ne suis pas de ceux qui aiment se vanter de l'ouverture des pays scandinaves. Je pense que notre législation est bonne, du moins bien meilleure qu'avant. On a décriminalisé l'homosexualité et on a même une loi sur le partenariat à présent. Mais cela ne signifie pas qu'il est aisé pour le jeune gay de sortir du placard, surtout s'il vit hors des centres urbains. Il est clair qu'on peut maintenant vivre son homosexualité ouvertement dans des grandes villes comme Oslo, Stockholm ou Copenhague.
Est-ce que l'un de vos enfant est gay?
Non, aucun de mes enfants est gay! J'ai pourtant fait de mon mieux. Personne n'est parfait!
Interview réalisée en juin 1996 à Copenhague par Stéphane Riethauser
Dialogai-Infos n°73, décembre 1996
Sources : http://www.lambda-education.ch/content/menus/parents/hans.html
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