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Samedi 19 juillet 2008
- Publié dans : Médical

Le retour de la syphilis






En recrudescence depuis 2000 en France, la maladie vénérienne qu’on pensait éradiquée a atteint nos côtes voilà trois ans. La progression est si rapide que le nombre de malades a doublé cette année. Inquiets, les spécialistes espèrent une prise de conscience des pouvoirs publics, des médecins et de la population.



François 1er, Schubert, Baudelaire, Maupassant, Van Gogh, Lénine, Mussolini, Al Capone… nombreuses sont les personnalités à avoir contracté la syphilis.

Provoquant des atteintes neurologiques au stade terminal, cette maladie sexuellement transmissible (MST) n’est d’ailleurs peut-être pas étrangère à la frénésie de ces hommes qui ont laissé leur empreinte dans l’Histoire.

Elle a fait son apparition il y a trois ans à La Réunion, après une recrudescence qui a enflammé la communauté homosexuelle masculine de métropole voilà huit ans.

« C’est une pente exponentielle inquiétante, observe Carole Ricaud, praticien hospitalier au service d’immunologie clinique du CHR Félix-Guyon. J’ai eu environ une vingtaine de cas l’année dernière. J’en ai le double cette année. Depuis un mois, j’en vois même deux par semaine. »

Pas de chiffre officiel pour l’ensemble de La Réunion.

Drass et conseil général de se renvoyer la balle de la compétence de cette maladie vénérienne.

En attendant, elle prolifère tranquillement dans le milieu gay de l’île.

Il ne faudrait pas pour autant imaginer que la syphilis serait une sorte de nuage de Tchernobyl qui s’arrêterait à la porte des hétérosexuels.


« Une maladie silencieuse »

Aujourd’hui, la maladie concerne majoritairement la communauté gay, mais demain, ce seront les hétéros.

À l’instar du VIH, il faut savoir que la maladie, qui se traduit au début par un chancre au niveau des muqueuses génitales, anales ou buccales, est extrêmement contagieuse.

Et le plus dramatique c’est qu’elle n’effraye pas.

« Le fait d’avoir une syphilis ne les incite pas à arrêter les fellations (le mode de contamination le plus répandu, ndlr). Je vois des patients qui font deux à trois la maladie », constate le Dr Ricaud.

Car le traitement, une injection de pénicilline en intramusculaire, est très efficace.

Les malades peuvent être contagieux durant des années sans en avoir conscience car les signes peuvent disparaître (lire repères).

« C’est une maladie silencieuse dont les symptômes sont banalisés car pas forcément douloureux. »

« Il y a un défaut de prise de conscience de ce problème, même dans la communauté médicale, déplore le Dr Ricaud. Et je suis étonnée de voir le peu de réaction des pouvoirs publics. »

Pour tenter de juguler le phénomène, il faudrait sans doute la mise en place d’actions coordonnées entre collectivités, médecins et associations.

Créer une veille sanitaire sur la syphilis, diffuser des messages de prévention auprès de la population générale et plus particulièrement la communauté homosexuelle, informer et actualiser les connaissances des médecins généralistes…

L’important est d’inciter au dépistage (trois semaines après la prise de risque présumée).

Marie Payrard

Les quatre phases de la syphilis

Stade 1 : Après une incubation de trois semaines, un chancre (sorte de bouton situé au point d’entrée de la bactérie) apparaît sur les muqueuses génitales.

D’autres localisations sont possibles sur l’anus ou les amygdales (ce qui fait plus souvent penser à une angine), les lèvres ou encore la langue…

Les symptômes vont disparaître d’eux-mêmes.

Stade 2 : Trois à dix semaines après l’apparition du chancre, une éruption cutanée, souvent apparentée à une allergie, surgit le plus souvent sur le tronc, voire le décolleté (collier de Vénus), les paumes ou la plante des pieds.

C’est ce qu’on appelle la roséole.

Des manifestations qui peuvent encore disparaître sans traitement alors que la syphilis reste présente dans l’organisme et donc transmissible.

Phase de latence : Cette période asymptomatique peut durer d’un mois à plusieurs années.

Stade 3 : Des tumeurs molles peuvent se développer au niveau du myocarde ou du système nerveux.

Elle n’est plus contagieuse car ce n’est plus la bactérie qui donne le symptôme, mais la réaction immunitaire à la bactérie.

Elle augmente sérieusement le risque de transmission du VIH.

Stade 4 : Un quart des patients non traités sont victimes d’une méningo-encéphalite qui aboutit à la démence (avec quelquefois une augmentation transitoire des capacités mentales et cognitives des individus contaminés).

Des changements extraordinaires dans la sensibilité ou le psychisme ont été décrits au cours de cette phase, mais ils ne sont pas systématiques.

L’augmentation excessive de la libido et différentes sortes d’hallucinations ont été rapportées.

L’évolution peut aussi se faire vers la paralysie générale.

 

- 12 millions de nouveaux cas

L’infection bactérienne décime les populations depuis des siècles, mais la découverte des antibiotiques a considérablement réduit sa propagation et sa mortalité. Au point qu’on imaginait voir la « grosse vérole » (autre nom de la syphilis) disparaître. Depuis le début des années quarante, elle n’est d’ailleurs plus une maladie à déclaration obligatoire (MDO). À la surprise générale, elle a fait sa réapparition en 2000 à Paris dans un contexte de recrudescence des MST. Entre 2002 et 2004, plus de 1 200 cas de syphilis ont ainsi été répertoriés en France selon l’institut de veille sanitaire (InVS), pour la majeure partie en Ile-de-France chez des homosexuels ou bisexuels masculins, dont la moitié était séropositive pour le VIH. Une résurgence qui pourrait s’expliquer en France par un relâchement des comportements de prévention chez les homos, comme le met en exergue l’enquête « Baromètre gay » de 2005. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on aurait dénombré en 1995 quelque 12 millions de nouveaux cas de syphilis dans la population adulte mondiale. Le plus grand nombre de cas répertoriés étant situé en Asie du Sud et du Sud-Est, suivie par l’Afrique subsaharienne.



































Source : Clicanoo
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