Mardi 16 septembre 2008
2
16
/09
/2008
05:59
-
Publié dans : Vaincre le Sida
Barebacking ou "chevauchée à
cru"
Depuis plusieurs années, une pratique
homosexuelle subversive est sortie du placard, au grand dam des militants d’Act Up. Cette pratique jusqu’alors méconnue, le barebacking (qui signifie littéralement "chevauchée à cru"),
consiste à ne pas porter de préservatifs, volontairement, à avoir des rapports sexuels avec des partenaires qui eux non plus ne sont pas protégés et, pour ceux qui ne sont pas encore atteints du
sida, à se transmettre consciemment le virus - ou tout au moins à être conscient des risques de contamination.
|
Le barebacking c’est le culte du sperme : on éjacule sur un corps, sur
un visage, dans la bouche, dans l’anus, on remplit des préservatifs qu’on garde en souvenir ou qu’on échange sur le net.
D’un côté les "gift givers", ceux qui donnent le sperme, de l’autre les "bug chasers",barebacking qui consiste pour un "gift givers" à plomber un "bug
chasers", c’est-à-dire à lui transmettre le virus à son insu, par exemple en perçant le préservatif avec une aiguille, en découpant le bout du réservoir ou en feignant d’enfiler un préservatif
avant la pénétration.
Quand les partenaires ont des rapports sexuels protégés, on parle de safer sex.
Pour évoquer le relâchement du safer sex, on parle de relapse, le ras-le-bol de la crainte du sida.
Désormais des homosexuels déclarent ouvertement se « chevaucher à cru » dans les saunas, les backrooms et les aires de repos, et pour certains jeunes homosexuels cette
tendance représente une sorte de rite initiatique.
Les backrooms, ces arrière-salles obscures réservées aux mâles où l’on s’abandonne au principe de plaisir, à l’hédonisme individualiste jouisseur, à la baise impersonnelle.
Les barebackers affirment que le préservatif, ce tue-l’amour qui les empêche parfois d’être en érection, empêche surtout l’effleurement de la verge avec la chair et donc un parfait abandon
à son partenaire.
|
Être libéré du préservatif, c’est être libéré dans sa sexualité, ne plus se soumettre aux
mesures de prévention et ne plus baiser dans la crainte.
Les barebackers prônent surtout la responsabilité et la liberté : celui qui a des rapports sexuels non protégés le fait sciemment, volontairement : la responsabilité lui en
incombe.
Vladimir Martens de l’Observatoire du sida et des sexualités : "Les interprétations psychologiques du bareback ou même le relâchement à un dysfonctionnement psychologique revient à présupposer qu’il est "normal" de se protéger et
anormal de ne pas le faire. Cela revient à considérer que tous les comportements que nous posons et qui nuisent à notre santé sont pathologiques : fumer, boire de l’alcool, conduire sa voiture
au-delà des limites fixées par le Code de la route seraient des comportements déviants associés à des caractéristiques psychologiques particulières."
Ce phénomène américain exporté en Europe signe la dérive transgressive d’une partie de la
communauté gay, celle qui se refile le sida comme une eucharistie et qui se défend par l’argument des fameuses multithérapies rétrovirales (bi, tri, quadri...), censées contenir l’action
du virus HIV sans pour autant l’éliminer.
La revendication bareback n’a pas son équivalent chez les
hétérosexuels ; elle représente une conduite à risque militante dans un pays où le sida est pénalisé et l’homosexualité peu tolérée (Etats-Unis).
Les deux apôtres de ce phénomène en France sont l’écrivain et journaliste Erik Rémès, expert
en sexualité libertaire et auteur de Serial Fucker, journal d’un barebacker ; et Guillaume Dustan, de son vrai nom William Baranès, ex-magistrat décédé en 2005 d’une "intoxication
médicamenteuse involontaire", qui faisait l’apologie du barebacking dans sa "fausse vraie autofiction" : Nicolas Pagès.
Rémès et Dustan : deux séropositifs subversifs et anti-bourgeois.
Deux romans qui au pire invitent à avoir des rapports sans capote en étant conscient des risques, au mieux sont un
prétexte littéraire pour faire un peu de prévention radicale à l’anglaise.
Deux mélanges d’éléments autobiographiques et fictifs, pour mieux semer le trouble chez le lecteur, qui explorent le thème de la destruction et de l’autodestruction jusqu’à son paroxysme.
Les prêches de Dustan (paix à son âme) et de Rémès en France font office de figure transgressive au sein d’une communauté qui tend à se normaliser, à s’embourgeoiser et à s’avachir.
Les attaques contre le barebacking, qui existe depuis l’apparition du sida, mais qui restait méconnu, se sont multipliées pour offrir l’image du gay petit-bourgeois, hygiéniste,
consommateur, et pourquoi pas mari et père de famille.
Et que pensent les détracteurs du barebacking ?
"Lutter contre le bareback, c’est combattre un discours qui valorise les pratiques à risques et qui, de fait, banalise l’épidémie de sida. Quand Eric Rémès écrit « le sida vaincra »,
quand il prodigue des conseils pour découper une capote et contaminer une personne qui se croit protégée ou quand Guillaume Dustan affirme à la télévision que « le sida, c’est fini »,
nous condamnons ces discours et nous faisons tout pour renvoyer à leurs responsabilités ces personnes et les médias qui leur assurent une publicité. C’est simple : nous luttons contre ceux qui
font le jeu de l’épidémie. [...] La littérature du bareback renoue avec la figure fantasmagorique du séropositif meurtrier. Eric Rémès intitule à dessein son livre Serial Fucker. C’est
dans cette perpétuelle confusion entretenue entre « contamination volontaire » et crime qu’il trouve assez de subversion pour espérer passer à la télévision."
L’association de lutte contre le sida, Act Up (AIDS Coalition to Unleash Power), accuse notamment les barebackers d’abuser de la fragilité psychologique et morale de jeunes
homosexuels qui ne s’assument pas encore et pour qui le barebacking représente une sorte d’initiation.
Si le barebacking et sa médiatisation dérangent tant les intégrationnistes d’Act Up comme ceux de Têtu,
c’est qu’il touche avant tout à la liberté du désir et à la responsabilité de l’individu.
La sexualité gay, puisque non reproductive, ne peut être que celle du désir.
Les barebackers assimilent la sexualité au sperme, aux muqueuses, à l’urine, à la défection.
Échange de fluides organiques.
Question de possession de l’autre et d’abandon de soi.
Avec l’apparition du sida dans les années 80 et la croissance des contaminations, les jeux de sperme ont été prohibés, jugés trop risqués.
Le barebacking, en recourant à diverses pratiques sexuelles (enfoutrage, fist-fucking, bukkake...) les remet au goût du jour.
Ces pratiques dérangent les miliciens d’Act Up qui, par représailles, jetteront du faux sang (comme les ados fébriles qui recouvrent Carrie de sang de porc dans le roman de Stephen King)
sur le plateau de Thierry Ardisson (qui avait invité Rémès pour la promotion de Serial Fucker), en criant des slogans tels que "Ardisson complice du sida !", et saccageront
le bureau de Frank Spengler, directeur des Editions Blanche qui publient les livres de Rémès et ceux du sociologue dissident Alain Soral (jugés homophobes et misogynes parce qu’ils traitent du
communautarisme gay et du féminisme).
Dans le même ordre d’idées, si lire les bouquins de Rémès et de Soral incite à l’homophobie, la misogynie, la baise non protégée, est-ce que lire L’Orange Mécanique d’Anthony Burgess et
American Psycho de Bret Easton Ellis incite au pillage, à la baston, au viol, aux meurtres d’animaux, de femmes, d’homos ?
Conclusion d’Erik Rémès :
"Le bareback
est une problématique transversale fabuleuse. Il touche à la vie, à la mort, au sexe, au désir, à l’amour, au respect de l’autre, de soi, à l’éthique et patata. Un prétexte littéraire formidable.
Aussi puissant que ne l’était la question de la pédophilie dans les années 70 et provoquant les mêmes réactions violentes et hystériques." (Serial Fucker, journal d’un
barebacker)
Source :Agoravox
Vous avez dit ?