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Vendredi 3 octobre 2008
- Publié dans : Lecture

MAKA-MAKA (Manga)



En publiant Maka-Maka, les éditions Delcourt (Fruits basket, Nana) marquent une avancée dans l’histoire du manga en France. En effet ce manga érotique crée par Kishi Torajiro (Colorfull, Bloody Mary…), se veut une description "pure et simple" des relations sexuelles entre deux amies… pour un yuri (manga lesbien) fort érotique, mais très éloigné de la réalité homosexuelle.



Jun et Nini sont meilleures amies depuis toujours.

Mais la relation qui les lie va au-delà de l’intimité platonique : elles sont adeptes du "Maka-Maka", qui veut dire "relation libertine" en hawaien, et de fait s’amusent follement entre elles.

Attention, elles ne sont cependant pas des "sex friends", ou "fuck buddies" comme l’on pourrait communément les appeler, car elles demeurent malgré tout dans le déni de leur relation.

Comme cette dernière, le manga de Kishi Torajiro va-t-il quelque part ?




Pas vraiment, en fait


Avec Maka-maka, tout est dans le non-dit, et à aucun moment n’est évoquée explicitement l’homosexualité, ce qui a déjà pour effet de décrédibiliser l’histoire… étant donné, a fortiori, le nombre de parties de jambes en l’air auxquelles s’adonnent les deux jeunes tourterrelles.

En effet, le manga s’ouvre, dès la troisième page, sur des petites cochonneries entre Jun et Nini, qui font semblant de "s’amuser" entre elles, comme on peut le faire au collège (ce n’est pas une généralité malgré tout, rassurez-vous) [non, ne vous rassurez pas, il n’y a pas de mal à se faire du bien, NDLR].



And so on, and so on, si bien que l’on se demande ce que le scénario de Maka-Maka a de vraiment plus développé que celui d’un porno-type avec réparateur de photocopieuse.

Bien sûr, Kishi, sûrement désireux de s’en démarquer, essaye tant bien que mal de placer ci et là quelques réfléxions sur la vie, le passé, l’amour… mais sans développer assez la psychologique de ses petites folles – ni le lien psychologique qui les unit.

En résulte la sensation malaisante de lire un produit batard hésitant constamment entre son leitmotiv érotique et ses aspirations philosophiques… au bénéfice du premier, bien entendu.

Maka-maka est donc avant tout une coucherie kawaii ; mais plus encore : il s’adresse davantage aux hommes en quête de plaisirs solitaires qu’aux lesbiennes avides de projections orgasmo-dramatiques.




"Les mecs, ça me gave…"


Un plaisir solitaire bien hétérosexuel et fort lesbianophile, au point de nous interroger sur les motivations de son auteur.

La place des hommes dans la vie des deux héroines, et donc dans le manga, bénéficie du même traitement expéditif, avec un surplus réducteur des plus étonnants vu le genre sexuel du mangaka.

Kishi nous ressort le cliché le plus banal possible sur les lesbiennes, expliquant assez clairement que si Jun et Nini couchent ensemble, c’est surtout parce que ça ne "colle pas" sexuellement avec les garçons, chacune enchaînant les expériences désastreuses avec des hommes tous plus bourrins/débiles les uns que les autres, et se plaignant constamment du manque de savoir-faire de leurs petits copains, avant de se jeter dans les bras l’une de l’autre, CQFD.

Alors, l’auteur serait-il un féministe acharné ou bien, plutôt, un énième ignare en matière d’homosexualité féminine, doublé d’un profil exemplaire de complexé, à en juger l’autodénigrement auquel il se livre via la descente de son "genre" ?

Et au contrôle technique ?


Dans notre relative déception, l’on doit cependant concéder à Kishi – lecteurs pervers, revenez –  un réalisme assez impressionnant quant à la description des relations sexuelles propres (et proprement étonnant, du coup).

C’est après tout, on l’a dit, ce qui compte dans ce Maka-maka, avant tout érotique et masturbatoire.

Car si le schématisme du récit rappelle les samedi soir sur Canal+, les scènes sexuelles déjà moins, bien plus crédibles et moins grossières – tout en demeurant assez trash pour respecter son caractère libidineux.

Les deux héroïnes se "lâchent" de plus en plus au fil des pages, dans une habile progression, marquant de façon très réaliste les problèmes sexuels que rencontrent les lesbiennes lors de leurs premières relations.

Le cunnilingus – une des étapes pour en être une "vraie" – arrive par exemple à la fin du tome 1, ou encore la double pénétration, qui demeure pour beaucoup une pratique innaceptable
(sentiment fortement accentué chez les hétéros en phase de devenir lesbienne, qui ont encore ce traumatisme de la sodomie...).

Les diverses positions que Kishi Torajiro fait adopter à ses personnages relèvent pour beaucoup du quotidien, et le public lesbien y trouvera lui aussi, au moins, un peu son compte…

Car il est évident que Kishi a voulu varier les plaisirs en diversifiant les endroits de fricotage, les lieux publiques ayant une place prépondérante.

Pour le coup, le mangaka a le bénéfice du réalisme, la plupart des gens s’immaginant mal que deux femmes ayant l’air amies puissent "faire ça" dans une cabine d’essayage.

Maka-maka apporte une nouveau genre en France et l’on peut malgré tout remercier sa démarche d’expliquer le saphisme.

Dommage que le manque d’écriture de son charmant couple superficiel le réduise à une invitation à l’onanisme qui ne changera rien à l’image des lesbiennes dans l’imaginaire commun.

A quand le mélange parfait entre la qualité graphique d’un Kishi Torajiro et la profondeur d’une Yamaji Ebine (Love my life, Indigo Blue…) ?

Alexia Lauret


Source : Orient-Extrême

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