Samedi 25 octobre 2008
6
25
/10
/2008
05:59
-
Publié dans : Homophobie
Contes de l’homophobie ordinaire
La crise économique frappe les États-Unis et l’Europe. L’environnement est
devenu un enjeu crucial pour la planète. On pourrait multiplier les problèmes auxquels sont confrontés nos sociétés. Et pourtant, pas une campagne électorale sans que la question du mariage gai
soit de nouveau posée. Pas un pays en fait où la question ne soit abordée et ne dérape dans des controverses où, au nom de principes moraux ou religieux, chacun se
prononce.
|
Je ne sais si vous êtes comme moi, mais cette
insistance à nous mettre dans la mire des dossiers à régler sur la planète m’ennuie.
Car, avec un peu de bon sens, il n’est pas difficile de se rendre compte que nous ne représentons aucun danger pour le devenir économique et écologique de notre bonne vieille terre.
Cette insistance révèle tragiquement à quel point encore, une population minoritaire peut servir de bouc émissaire.
Ici, en Amérique du Nord, pour aller chercher des votes conservateurs et d’extrême-droite.
Ailleurs, nous servons à détourner les populations des vrais enjeux.
Dans le débat opposant les candidats à la vice-présidence de la Maison Blanche, le démocrate Joe Biden et la républicaine Sarah Palin ont dû préciser leur vision de l’égalité pour les gais et les
lesbiennes.
Pas de surprise.
Le
ministre ougandais de l’Éthique et de l’intégrité James Nsaba Buturo
|
Tous les deux ont rappelé qu’ils étaient pour l’égalité mais pas pour le
mariage.
Les contradictions ne les étouffent pas.
Plus près de nous, un gouvernement conservateur majoritaire pourrait rouvrir la question du mariage gai.
Et plus nous nous éloignons, plus les choses se gâtent : interdiction, censure, persécution, arrestation, condamnation pour le simple fait d’aborder la question homosexuelle sans compter les
déclarations de différents dirigeants ou responsables de gouvernements qui stigmatisent l’homosexualité.
Le ministre ougandais de l’Éthique et de l’intégrité (titre qui ne s’invente pas) parle de «mondialisation de l’homosexualité», ce qui serait pour lui «une tentative de mettre
fin à la civilisation».
Rien de moins.
Pendaison en Iran
|
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, après avoir déclaré il y a un an qu’il
n’y avait pas d’homosexuels dans son pays, a de nouveau enfoncé le clou chez Larry King (CNN) en octobre dernier.
«L’homosexualité est contraire aux principes humains.»
On ne compte plus le nombre de pendaison d’homosexuels en Iran.
Un sondage a révélé que 68% des Roumains pensaient que l’homosexualité était une mauvaise chose et 36% souhaitaient que des sanctions soient appliquées.
Quant à l’Inde, le projet de dépénalisation de l’homosexualité a été rejeté parce que, selon les termes du porte-parole du gouvernement, l’homosexualité «dégraderait les valeurs morales de la
société».
La visibilité homosexuelle aussi est interdite ou censurée.
Le festival de films LGBT de Saint-Pétersbourg a été interdit par les autorités russes tout comme le premier Queer Sarajevo Festival a été fermé après la soirée inaugurale qui a fait 8 blessés.
Les pressions et protestations violentes de musulmans intégristes ont eu raison de la volonté des organisateurs qui n’ont eu aucun soutien ni protection des autorités.
Le correspondant de Têtu en Irak, Ali Hili a été assassiné à Bagdad où la chasse aux homosexuels ne connaît pas de trêve.
Ali
Hili
|
L’homophobie au quotidien a parfois un visage moins dramatique mais qui témoigne
tout de même de sa force.
Le Vatican a mis un veto à la nomination d’un ambassadeur français parce qu’il était ouvertement gai et pacsé avec son conjoint.
Il ne collait pas aux valeurs défendues par le Vatican.
Toutes ses manifestations de la haine des homosexuels se sont déroulées sur quelques semaines.
Elles nous obligent à rester vigilants.
Chaque fois qu’elle en a l’occasion, l’intolérance s’exprime.
Même ici au Canada.
Matthew
Shepard
|
Certes, le candidat indépendant chrétien qui, devant des étudiants, a déclaré qu’il
fallait tuer les gais puisque c’était écrit dans la Bible, a été accusé d’incitation à la haine.
Mais ce fervent religieux ne s’est pas rétracté et a réitéré ses propos aux journalistes qui l’interrogeaient.
Et, malheureusement, il n’est pas le seul à le penser.
Tiens, il y a 10 ans, le 12 octobre, à Fort Collins au Colorado, deux jeunes gens s’amusaient à torturer un gai, le laissant agoniser ensuite dans un champ.
À l’époque, ce crime avait défrayé les manchettes.
Ce gai de 21 ans s’appelait Matthew Shepard.
Le jour de son enterrement, des intégristes religieux manifestaient devant l’Église, scandant «God Hates Fags».
Pour beaucoup, s’en prendre aux gais, c’est plus important que les fermetures d’usines, la chute des cours de la bourse, la guerre en Afghanistan ou la fonte de la calotte glaciaire.
Cherchez l’erreur.
Par : Denis-Daniel Boullé [20-10-2008]
Source :
Fugues
Vous avez dit ?