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Jeudi 18 décembre 2008 4 18 /12 /2008 10:00
- Publié dans : Musique

Musique et nazisme: Max Lorenz, opéra et IIIème reich






Question d'art et d'esthétisme sous le régime de la honte en Allemagne dans les années 1930 et 1940. Que penser de Max Lorenz, le plus grand (et le plus beau?) ténor wagnérien de l'époque? Hitler l'adulait tout en sachant cependant qu'il était homosexuel et l'époux d'une juive ! L'opéra et en particulier les ouvrages de Wagner à Bayreuth ont très vite été instrumentalisés par les tenants du régime hitlérien. Hélas, les descendants de Richard n'ont eu aucune peine ni scrupule à pactiser avec le diable...



Max Lorenz : Ténor inclassable

Carrure de dieu nordique, sens de la pose mais surtout chant impérial déployé sur un souffle sans limites, le ténor légendaire, Max Lorenz avait tout pour séduire la censure hitlérienne, toujours vorace à trouver (instrumentaliser) des icônes magnétiques pour sa propagande (Furtwängler et Richard Strauss, et d'une certaine manière Karajan, en firent les frais eux aussi...).

Les nazis qui vouèrent un culte décuplé à l'opéra wagnérien, faisant de Bayreuth, le temple désigné du bon goût hitlérien s'emparèrent très vite de la silhouette et du charisme de Lorenz, enthousiastes à l'idée de voir en lui, la nouvelle incarnation aryennisée de Siegfried.

Or l'homme ne correspondait pas à l'image qu'on voulut lui faire porter.

Il était l'époux d'une juive et surtout défraya la chronique mondaine par ses coups d'éclats en tant qu'homosexuel assumé.

Bien que rapidement diabolisé par Goebbels, nouveau sujet comme beaucoup d'autres artistes musiciens de l'inquisition hitlérienne, Max Lorenz n'en poursuivit pas moins sa carrière à Berlin et à Bayreuth, et même à New York, suscitant partout où il paraît le délire du parterre...

Voix énergique, stature tutélaire, Max Lorenz en plus de son engagement autoritaire continue d'être admiré par tous les grands interprètes allemands d'aujourd'hui, comme en témoignent René Kollo ou Dietrich Fischer-Dieskau...

Le mythe aurait-il débordé la réalité ?

Aujourd'hui son style nous paraît carré, droit, moins nuancé que nos attentes actuelles, mais le profil altier et la superbe télégénique de l'auguste ténor continue de nous subjuguer.


L'Opéra et le IIIème reich

Instrumentalisation, vaste plan de propagande pour montrer au peuple allemand qu'il était supérieur, d'une lignée mythique, surtout que dans cette vaste mystification brute toute individualité était écartée pour la grandeur collective...

L'être est d'autant plus manipulable lorsqu'il a perdu toute idée de recul critique... voilà ce qu'ont réalisé les nazis en s'emparant de toutes les icônes de la culture germanique.

Bach, Mozart, Beethoven, Bruckner et surtout... Wagner.

Si Bayreuth fut pour le compositeur, créateur du Ring, son épée qui lui a permis de vaincre, Bayreuth, pour Hitler, est la forteresse du Graal, le lieu où tout le peuple national-socialiste s'est recueilli, à puiser ses ressources fantasmatiques, dans l'effusion délirante de la musique...

Le documentaire nous donne une idée juste du climat politique, du 30 janvier 1933, jusqu'au 1er septembre 1944 quand Goebbels décrète la fermeture de tous les théâtres du reich... qui seront tous bombardés par les alliés.

Hitler se vivait artiste.

Pour le grand malheur de la musique et des musiciens.

Parce qu'il savait l'impact de la scène, la force que peut produire la magie du théâtre (éclairages possibilités des décors et des machineries...), en particulier de l'opéra, le führer souhaita que chaque ville d'importance possède jusqu'à 2 théâtres, et pour Berlin pas moins de 5 scènes musicales.

Temps forts du documentaire, les extraits du reportage que Syberberg a consacré en 1975 à Bayreuth, précisément à la belle-fille de Wagner, Winifred qui accueillit avez zèle Hitler, ses proches et ses généraux dans la maison familial pour que le chef nazi assiste à toutes les soirées du Festpiele... l'héritière fait la visite des salons de la maison avec une fierté assez troublante...

Mordant et vif comme à son habitude, Georg Solti évoque le diabolisme tacticien de Goebbels capable de manipuler simultanément et Karajan et Furtwängler, en jouant sur la jalousie et la rivalité entre les deux chefs allemands.

Les connaisseurs découvriront le jeune Celibidache en répétition jouant Verdi chanté en allemand... ou encore ce fameux concert dirigé par Furtwängler dans l'usine AEG où chaque ouvrier offre le visage de cette collectivité manipulée, offrant sang et sueur pour la grandeur et la folie  hitlérienne...




Aveuglés, complaisants, serviles : Richard Strauss, Carl Orff parmi les compositeurs, ou bien encore Karajan, Clemens Krauss, Hans Knapertbusch, Boehm, Rosbaud parmi les chefs et aussi Kempff, Backaus ou Elisabeth Schwarzkopf, sont cités : ni communistes, ni juifs, et désirant réussir leur carrière dans leur propre pays, tous souhaitaient défendre de leur côté, une certaine idée de l'art... le contexte et la machine idéologique conçue par le régime nazi allaient très vite les rattraper.



Source : ClassiqueNews
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