Jeudi 19 mars 2009
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Publié dans : Religions et dérives !
Sida : vague d'indignation en France après les propos du pape
Par Cyriel Martin (source AFP)
La petite phrase de Benoît XVI, lâchée en plein
ciel , provoque un tollé en France. "On ne peut pas régler le drame du sida avec la distribution de préservatifs, qui au contraire augmentent le problème", a estimé mardi le pape dans l'avion qui
l'emmenait au Cameroun.
Mercredi matin, le ministère des Affaires étrangères a sèchement réagi, exprimant
sa "très vive inquiétude devant les conséquences de ces
propos".
Éric Chevallier, porte-parole du Quai d'Orsay, qui s'est refusé à porter un jugement sur la doctrine de l'Église, juge que de tels propos mettent "en danger les politiques de santé publique
et les impératifs de protection de la vie humaine."
Une prise de position peu diplomatique envers le Saint-Père, également chef d'État du Vatican.
Même indignation dans les rangs de la classe politique française.
L'ancien Premier ministre Alain Juppé (1995-1997), qui revendique son "attachement aux valeurs chrétiennes", estime que "ce pape commence à poser un vrai problème."
Pour le maire de Bordeaux, "aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c'est une contre-vérité et c'est inacceptable".
À l'autre bout de l'échiquier politique, la députée communiste de Seine-Saint-Denis Marie-George Buffet condamne des paroles qu'elle qualifie d'irresponsables et de criminelles.
"D'ici 2010, le sida aura tué 30 millions de personnes", rappelle celle qui préside le groupe d'études sida à l'Assemblée nationale.
"N'attendez pas du pape qu'il dise qu'il faut mettre le préservatif" (Boutin)
Daniel Cohn-Bendit a lui aussi laissé exprimer sa colère.
"Il y en a assez maintenant de ce pape", fustige l'ancien leader des événements de Mai 1968.
"Est-ce que les papes savent ce que c'est, un préservatif ?"
Une question posée également par les associations de lutte contre le sida.
"Le Pape qui parle du préservatif, c'est comme si je parlais de l'immaculée conception", ironise Bernard Audoin, directeur général de l'association Sidaction, qui se dit
"triste" face à une "déclaration pareille".
"Faudrait-il rappeler au pape que le seul vaccin disponible reste aujourd'hui le préservatif ?", interroge pour sa part Jean-Luc Romero, conseiller régional DVD d'Île-de-France, et président
de l'association Élus locaux contre le sida.
Même au sein de l'Église de France, des dissonances se font entendre, après les déclarations du Saint-Père.
"C'est vrai que cette phrase paraît brutale et semble ne pas tenir compte de la réalité de ce qui se vit en Afrique", concède l'évêque de Gap, Mgr Di Falco, qui tente de
disculper le pape, selon lui voué à "exprimer
l'idéal".
"Sur le terrain, si votre mode de vie vous met en danger et met en danger vos partenaires, utilisez le préservatif", insiste l'homme d'Église.
Des critiques qui n'atteignent visiblement pas le Vatican, lequel coupe court à toute polémique.
"Il ne faut pas attendre de ce voyage un changement de position de l'Église catholique envers le problème du sida", estime depuis Yaoundé le porte-parole du Saint-Siège Federico
Lombardi.
Pour lui, l'Église estime que "développer une idéologie de confiance dans le préservatif n'est pas une position correcte" car cela ne met pas l'accent sur
"le sens des responsabilités".
En France, la seule voix discordante dans ce concert de critiques est celle de la ministre du Logement Christine Boutin.
Catholique pratiquante, fervente opposante à l'avortement, à la pilule du lendemain et au mariage homosexuel, elle juge qu'en matière de préservatif, "chacun fait comme il peut et comme il veut".
Elle juge aussi "pas drôle de mettre le préservatif
quand on fait l'amour".
Et de lancer : "N'attendez pas du pape qu'il dise qu'il faut mettre le préservatif."
Voici l'essentiel de la déclaration controversée du pape, rapportée mercredi par
le Corriere della Sera , et traduite par lepoint.fr :
"Je pense que ce qui est plus efficace, plus présent et plus fort dans la lutte contre le sida, c'est justement l'Église catholique, avec ses structures, ses mouvements et ses communautés
(...) On ne peut pas régler le problème du sida seulement avec de l'argent (...) Et on ne peut pas régler ce drame avec la distribution de préservatifs, qui au contraire augmentent le problème.
La solution peut être double, l'humanisation de la sexualité et une vraie amitié envers les personnes qui souffrent. "
Source : LePoint
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Docteur Jean-Pierre Dickès, Président de l'Association Catholique des
Infirmières, Médecins et Professionnels de santé.
Comme le pape, vous soutenez l'idée que l'utilisation du préservatif aggrave le problème du sida. Quel sont vos arguments pour défendre ce
point de vue ?
Je constate que plus le préservatif est utilisé et plus il y a de malades du sida. Il n'y a qu'à regarder la courbe des ventes des préservatifs et celle du nombre de malades du sida
pour voir qu'elles suivent la même progression. C'est donc bien la preuve que son utilisation aggrave le problème.
Le préservatif n'est-il quand même pas le moyen le plus sur de se protéger ?
Le préservatif donne une fausse sécurité aux gens. Ils pensent qu'avec les préservatifs ils peuvent aller à droite et à gauche et cela sans danger. Mais c'est faux, selon un rapport de
l'Académie française de médecine, 4% des personnes qui utilisent les préservatifs sont destinées à être infectées par le sida. C'est monstrueux de laisser faire ça. Le taux d'échec de
cette technique est élevé et pourtant on continue d'en faire sa promotion.
Sans préservatif, ne pensez-vous pas que le nombre de malades du sida augmenterait encore plus ?
Non, pas du tout. Les seuls pays où le sida a reculé ce sont l'Ouganda et le Botswana. La raison est simple, ces gouvernements ont suivi les conseils du Vatican et ont fait de la
fidélité conjugale une priorité et ont donc aussi interdit la polygamie. C'est bien la preuve que le préservatif n'est pas la solution et que seules l'abstinence et la fidélité peuvent
faire reculer la maladie. Je soutiens totalement la position du Benoit XVI sur ce sujet. Et même si ça peut choquer certains, c'est son rôle de pape d'avertir les gens des dangers de
cette pratique.
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Professeur Marc Gentilini, spécialiste des maladies infectieuses et
tropicales, membre de l'Académie de médecine.
Que pensez-vous des propos tenus par Benoit XVI sur les "dangers" du préservatif
?
Je respecte la fonction et la personnalité du pape, de même que ses décisions. Je suis moi-même catholique. Mais depuis le début de l'épidémie, je travaille sur le
sujet. J'ai même créé des centres de prévention en Afrique. Ma position est claire, le pape est dans son rôle quand il parle de chasteté et les
autorités sanitaires sont dans le leur en encourageant la prévention par le préservatif. Mais je pense que ce n'est pas le rôle du
pape de parler de prévention et de préservatifs, et je regrette que ses conseillers en communication soient aussi
médiocres.
Pourquoi ?
Parce qu'il y a une incohérence entre ce que déclare le Vatican et l'application sur le terrain. Il faut rappeler l'engagement des Chrétiens dans la lutte contre la
maladie et pour la prévention des populations. Entre 50 et 60% des actions sur le terrain pour lutter contre cette pandémie sont assurées par des religieux chrétiens.
Ce sont vraiment deux mondes compléments différents.
Et, quelle est la position de l'Académie française de médecine sur le préservatif
?
L'Académie n'a pas de position officielle sur le sujet. Mais une chose est sûre, le préservatif reste encore le principal moyen de la prévention de la
maladie, faute de mieux. Le Vatican ne peut donc pas prendre une telle position sur le sujet.
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Source :
TF1
Juppé (UMP) : "ce pape commence à poser un vrai problème
!!"
L'ancien Premier ministre Alain Juppé (UMP), interrogé mercredi par France
Culture sur les propos de Benoît XVI contre le préservatif, a estimé que "ce pape commence à poser un vrai problème", car vivant "dans une situation d'autisme total".
De religion catholique "parce que je suis né dedans" et parce que
"je suis attaché aux valeurs chrétiennes", le maire de Bordeaux a assuré : "ce pape commence à poser un vrai problème".
Il a cité la réintégration d'evêques "dont l'un est l'apôtre - si j'ose dire - du négationnisme", l'excommunication au Brésil et l'affaire du préservatif.
Au Brésil, "qu'une gamine de neuf ans qui a été violée, dont la vie est en danger, soit - sinon elle-même - du moins ses parents et le médecin qui l'a aidée à
avorter excommuniée, c'est une absence de charité chrétienne extraordinaire", a poursuivi l'ancien chef de gouvernement.
"Aller dire en Afrique que le préservatif aggrave le danger du sida, c'est
d'abord une contreverité et c'est inacceptabe pour les populations africaines et pour tout le monde", a-t-il poursuivi.
"Il y a un vrai problème", "je sens autour de moi un malaise profond", a ajouté M. Juppé, qui a "l'impression" que le pape "vit dans une situation d'autisme
total".
Source
AFP/FranceCulture
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