Le Blog de Jj
ou la vie d'un papa gay à Toulouse
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Père et gay ? Non, père tout court
Alors que la
France se déchire autour d’un projet de loi qui tend timidement à la reconnaissance de l’homoparentalité, les sciences humaines en ont fait un objet d’étude depuis longtemps. Mais au fond,
qu’est-ce qu’une famille homoparentale? Réponse partielle avec Pascal Pellegrino, journaliste romand, qui raconte son désir de paternité dans «Papa
gay».
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« Mais il est interdit aux homosexuels d’avoir
des enfants ! » lance, éberlué, l’officier de l’état civil.
Interdit ou pas, Pascal Pellegrino, 45 ans, est bien le papa d’une petite Roxanne, qu’il a voulu ardemment et dont il a la garde deux jours et demi par semaine.
« Le désir de paternité n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle », insiste le journaliste romand qui vient de publier « Papa gay », aux éditions Favre.
Dans ce récit autobiographique d’une honnêteté enjouée, il raconte pourquoi il a choisi la coparentalité avec une amie lesbienne et comment ils ont procédé en toute légalité pour devenir les
parents biologiques.
Trouver la juste place
Il montre aussi la force du préjugé social, l’acceptation de ses propres contradictions, la difficulté pour le compagnon à trouver sa juste place et l’apprentissage du métier de papa
: « On a beau être préparé, quand le bébé arrive, on doit tout
apprendre ».
Au-delà du témoignage, le livre pose en effet cette question passionnante: qu’est-ce qu’un père ?
Comment et pourquoi
Un autre ouvrage tente de répondre à cette question, « L’homoparentalité masculine », d’Emmanuel Gratton.
Le sociologue français hétérosexuel a interrogé 27 hommes qui rêvaient d’être père en dehors de toute union hétéroparentale.
Mais comment le devenir dans une société qui l’interdit et qui accorde une place prédominante aux mères ?
Le chercheur définit quatre méthodes : la coparentalité, l’adoption, des enfants nés d’une hétérosexualité antérieure ou le recours aux nouvelles techniques de procréation.
Après le comment, il identifie le pourquoi.
Envie d'être ère
D’après lui, les motivations à devenir père sont les mêmes chez les homos que chez les hétéros : désir de transmission (prolongement de soi, inscription dans une généalogie), volonté de
sceller une alliance (avec la mère biologique ou le compagnon) et aspiration identitaire (qu’est-ce qu’un homme devenu père ?).
Mais ce qui l’a surtout frappé au cours de son enquête sur plusieurs années, c’est l’inventivité des situations, l’absence de rôle prédéfini et la capacité de ces familles à tisser de nouveaux
liens de parenté, quotidiens ou symboliques.
Et les enfants dans tout ça ?
Combien sont-ils et comment vivent-ils cette situation ?
Si la Suisse ne dispose d’aucune statistique, la France estime à 35.000 le nombre de familles homoparentales déclarées.
Jusqu’à présent, aucune étude n’a réussi à prouver que les enfants élevés par deux personnes du même sexe étaient plus perturbés ou plus mal adaptés que les autres.
En quête de perfection
Il est vrai que se sachant très observés, les gays et lesbiennes s’appliquent à être irréprochables au point parfois de renoncer à leur spécificité : « Attention, en cherchant à convaincre
ceux qui les entourent que leurs enfants sont « normaux », c’est-à-dire qu’ils ne deviendront pas homosexuels, ils risquent de donner d’eux-mêmes une image désastreuse », avertit
l’historienne et psychanalyste Elisabeth Roudisnesco qui plaide depuis longtemps pour la reconnaissance de l’homoparentalité, parce qu’« on ne peut pas aller contre l’histoire ».
La famille a totalement changé
Et aller contre l’histoire, c’est refuser d’admettre que la famille a changé.
Si elle n’a jamais été aussi sollicitée et aimée qu’aujourd’hui, vécue comme un refuge et un lieu d’épanouissement, elle n’en est pas moins explosée : familles traditionnelles, monoparentales,
homoparentales, recomposées, en union libre, d’accueil, d’adoption ou ayant eu recours aux procréations médicalement assistées.
Au lieu de s’accrocher à la famille idéale, autant adapter les lois à cette nouvelle réalité, ne serait-ce que dans l’intérêt de l’enfant.
C’est l’argument des pragmatiques qui ne souhaitent pas « ajouter à une discrimination sociale une discrimination légale. »
D’où la querelle, actuellement en France, autour du projet de loi « relatif à l’autorité parentale et aux droits des tiers ».
Les opposants y voient la porte ouverte à la banalisation de l’homoparentalité, intolérable à leurs yeux « parce qu’elle nie la différence sexuelle et que l’enfant a droit à un père et une mère. »
Deux conditions pourtant parfaitement remplies dans la coparentalité ou dans les familles homoparentales au passé hétérosexuel.
Si le débat est moins virulent qu’en 1997, date à laquelle le mot est apparu, l’homoparentalité n’en reste pas moins encore un sujet tabou, tant elle oblige à modifier notre regard sur ce qui
apparaît comme la chose la plus naturelle du monde : faire un enfant.
En séparant procréation, conjugalité et parentalité, l’homoparentalité conteste le primat biologique qui existe depuis la nuit des temps.
C’est bien ce qui passionnent les chercheurs en sciences humaines – on ne compte plus les ouvrages sur le sujet - qui voient en elle le laboratoire idéal pour nourrir leur réflexion :
qu’est-ce qu’une famille ?
Qu’est-ce qui la fonde ?
Jusqu’où peut-elle s’agrandir ?
Et qu’est-ce que la filiation quand le parent biologique, le parent social (celui qui s’occupe de l’enfant au quotidien) et le parent légal n’est plus la même personne ?
Des questions qui concernent presque toutes les familles.
« J’ai passé mon permis de parent »
Il ne se lasse pas d’observer sa fille, ses progrès, ses bêtises.
Pascal Pellegrino est un père heureux et le raconte dans « Papa gay »
Pourquoi avez-vous opté pour la coparentalité ?
Je ne voulais ni me mettre hors la loi, ni mentir sur mon homosexualité.
La coparentalité était la formule la plus simple.
Ma fille, qui a aujourd’hui deux ans et deux mois, a ainsi une mère et un père, même s’ils ne vivent pas ensemble.
Au fond, vous vivez comme un couple traditionnel séparé.
Oui, sauf que nous ne querellons jamais.
C’est un climat d’entente et de respect.
Quand on se voit sa mère et moi, c’est pour parler de Roxanne, tout le reste, nous l’avions anticipé.
C’est l’avantage de l’homoparentalité : un projet très réfléchi comme s’il s’agissait de mériter son permis de parents.
Il y a une autre différence.
Si j’avais choisi une femme hétérosexuelle comme mère, elle aurait eu un compagnon, et comme la mère passe plus de temps avec son enfant, j’aurais eu l’impression que ce compagnon, si présent
auprès de ma fille, me dépossédait de mon rôle.
Je voulais que cette place soit claire : je suis le papa, le seul papa.
Si ma fille devait une fois appeler mon ami papa, je lui dirai non, il n’est pas le père, même s’il y a de la place pour plusieurs autres représentations paternels.
Vous avez écrit ce livre pour rassurer, dites-vous
Rassurer ne veut pas dire convaincre.
Je voulais parler franchement d’un sujet qui reste largement tabou.
Et surtout faire comprendre que l’orientation sexuelle n’a rien à voir avec le désir de paternité.
J’ai été abasourdi que certains, y compris ceux qui ne me voulaient aucun mal, se sentent soulagés que j’aie eu une fille plutôt qu’un
garçon.
C’est très choquant cet amalgame entre gay et pédophile.
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Source :
LesQuotidienns
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