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Un quart des séropositifs souffrent de troubles cognitifs
Malgré une infection bien contrôlée par leur traitement, 24% des séropositifs souffrent de troubles cognitifs. Chez les plus de soixante ans, ce problème concerne un séropositif sur
deux.
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On sait depuis longtemps que l’infection par le virus du
sida peut provoquer des démences.
Ce type de trouble cognitif majeur est aujourd’hui en forte régression grâce aux traitements antirétroviraux qui contrôlent bien l’infection.
Mais à en croire les résultats préliminaires de plusieurs études présentées à Montréal lors de la conférence mondiale sur les rétrovirus (CROI) [1], il n’en va pas de même
pour les troubles cognitifs modérés touchant l’attention, la mémoire, le langage ou encore la capacité à exécuter un plan.
Des troubles qui peuvent fortement affecter la vie quotidienne en provoquant, par exemple, des oublis dans la prise des médicaments.
« 24 % des séropositifs sous traitement antirétroviral présentent ce type de troubles, selon les premiers résultats de notre étude menée sur 230 séropositifs de 46 ans d’âge médian »,
annonce Geneviève Chêne, épidémiologiste spécialiste du virus du sida (VIH) à l’université de Bordeaux.
L’équipe de Jacques Gasnault, neurologue spécialiste du virus à l’hôpital Bicêtre en région parisienne s’est concentrée sur les séropositifs âgés.
« Nous avons observé des troubles cognitifs modérés chez 49% des 37 patients de plus de 60 ans étudiés, alors que seulement 3% des personnes de cet âge en souffrent dans
la population générale, affirme-t-il. La différence est importante. »
Comment expliquer ces chiffres alarmants ?
L’infection de ces patients est pourtant si bien contrôlée par les antirétroviraux que le virus est la plupart du temps indétectable dans leur sang avec les méthodes
standards.
Antirétroviraux suspectés
Deux hypothèses retiennent l’attention.
Tout d’abord, on sait que le virus du sida, même en faible quantité, peut entretenir une inflammation cérébrale.
Cette inflammation pourrait être à l’origine de ces troubles.
Une étude américaine révèle d’ailleurs que des séropositifs traités, mais chez qui le virus reste détectable en très faible quantité dans le liquide céphalo-rachidien baignant le cerveau et la
moelle épinière, ont davantage de troubles cognitifs.
Mais les antirétroviraux sont aussi suspectés.
Certains d’entre eux sont en effet connus pour provoquer des réactions d’oxydation agressives, voire un vieillissement cellulaire accéléré, qui pourraient également contribuer à la survenue de
ces troubles.
« Si ces hypothèses sont vérifiées, la stratégie consistera à administrer des antirétroviraux pénétrant mieux dans le cerveau pour y combattre le virus, mais aux effets secondaires précités
limités », explique Jacqueline Capeau de l’hôpital Tenon, à Paris.
Les chercheurs ne sont toutefois pas encore en mesure d’évaluer le rapport
bénéfice/risque des différents antirétroviraux sur les troubles cognitifs liés au VIH.
Mais les antirétroviraux « neuro-actifs » suscitent un certain intérêt.
Pénétrant mieux dans le cerveau pour y combattre le virus, de premiers résultats indiquent qu’ils seraient plus efficaces sur ces troubles.
« Plusieurs études sont en cours pour évaluer leur potentiel curatif et préventif sur un plus grand nombre de patients », conclut Jacques Gasnault.
Jean-Philippe Braly
[1] « Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections »
Source : LaRecherche
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