Partager l'article ! Le sida accélère le vieillissement: Le sida accélère le vieillissement Les personnes infectées par le virus du sida (VIH) vieillis ...
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Le sida accélère le vieillissement
L'évolution de cette maladie vers un profil de maladie chronique dans les pays
développés s'est accompagnée d'une espérance de vie proche de celle de la population générale pour les personnes efficacement traitées.
Cliniciens et chercheurs ont cependant constaté chez des sujets porteurs du VIH l'apparition de pathologies métaboliques, cognitives ou cardio-vasculaires associées au vieillissement à un âge
nettement plus précoce que dans la population générale.
Cette sénescence prématurée est une réalité sur le plan biologique et clinique.
"La comorbidité associée au vieillissement (ostéoporose, pathologies neurologiques, diabète, anomalies des lipides, cancers, etc.) apparaît dès 45-50 ans chez les patients VIH +, alors qu'elle
touche les sujets de 65 ans et plus dans la population générale", remarque la professeure Jacqueline Capeau (Inserm UMR 938, université Pierre-et-Marie-Curie, Paris), qui dirige le groupe de travail de l'ANRS sur ce thème.
Ce phénomène est observé pour les troubles cognitifs dans les résultats préliminaires d'une étude baptisée CogLoc.
"Les résultats concernant les 323 patients déjà inclus, d'un âge médian de 46 ans, montrent qu'une personne séropositive sur cinq présente des déficits légers ou modérés (avec dans ce cas un
retentissement sur la vie quotidienne). Ces troubles ne touchent que de 3 % à 5 % de la population générale âgée de plus de 65 ans", indique la
professeure Geneviève Chêne
(Inserm U897, Institut de santé publique, d'épidémiologie et de
développement, université Victor-Segalen, Bordeaux), responsable de l'étude avec le professeur Patrick Dehail (CHU de Bordeaux).
Lancée en 2007 par l'ANRS, l'étude CogLoc évalue la fréquence des troubles cognitifs et locomoteurs chez les patients infectés par le VIH, au sein de la "cohorte Aquitaine".
Les troubles cognitifs apparaissent corrélés à différents facteurs généraux : âge, niveau d'études plus bas, traumatisme crânien dans l'enfance, syndrome dépressif.
Mais, ils sont également en relation avec l'avancement de l'infection par le VIH : "Les patients dont la maladie est la plus avancée présentent le plus de troubles cognitifs. Toutes les
fonctions cognitives ne sont pas affectées de la même façon. Les capacités verbales et lexicales sont plus touchées que la mémoire", souligne la professeure
Chêne.
Comment expliquer ce phénomène de vieillissement prématuré ?
"En plus de l'hygiène de vie et surtout du tabagisme, trois facteurs peuvent jouer : le virus lui-même, le déficit immunitaire et les traitements antirétroviraux", avance la professeure
Capeau.
Même lorsque l'infection est bien contrôlée, le virus continue de se répliquer dans différents compartiments du corps appelés "réservoirs".
C'est le cas, notamment dans les macrophages.
Très ubiquitaires, ces cellules qui participent aux défenses immunitaires infectent d'autres cellules dans les tissus voisins.
L'activation sans relâche du système immunitaire aboutit à son épuisement et à une forme d'"immunosénescence", explique la professeure Capeau.
Enfin, certains antirétroviraux possèdent une toxicité cellulaire susceptible d'entraîner un vieillissement précoce.
Un mécanisme possible a été identifié.
Il impliquerait une protéine, la lamine A/C, présente dans le noyau des cellules où elle contribue au maintien de la membrane nucléaire.
Des mutations du gène de cette protéine sont en cause dans différentes maladies, dont certaines lipodystrophies (anomalies de la répartition des graisses) et la progéria, une forme de
vieillissement accéléré.
"L'équipe marseillaise de Nicolas Lévy a montré qu'un traitement avec deux médicaments, une statine et une molécule anti-ostéoporose, empêche l'accumulation du précurseur de la lamine A/C et
enraye le processus de vieillissement de la progéria", explique la professeure Capeau.
Or, les inhibiteurs de protéase utilisés contre le VIH bloquent, eux aussi, la transformation en lamine de son précurseur, la prélamine A, à un degré moindre de ce qui se passe dans la
progéria.
D'où l'hypothèse de contrecarrer cet effet secondaire des médicaments anti-VIH en faisant appel au traitement envisagé contre la progéria.
Reste enfin des conclusions médicales et médico-sociales à
tirer du vieillissement prématuré des personnes infectées par le VIH.
D'une part, mettre en oeuvre chez elles des explorations spécifiques afin de rechercher les manifestations d'une sénescence précoce.
D'autre part, mener une réflexion sur l'éventuelle nécessité de créer des structures spécifiques pour la prise en charge institutionnelle de ces malades, lorsque la question se posera pour eux
d'aller en maison de retraite.
Vous avez dit ?