Le Blog de Jj
ou la vie d'un papa gay à Toulouse
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Homosexualité masculine et capitalisme
Le Carnet d’Ysengrimus
Par rapport à la féodalité, le capitalisme est libérateur. Il fait éclater les vieux rapports de vassalité, de métayage, de servage et leur substitue un engagement commerçant. L’esclavage
disparaît avec l’ancien mode de production agricole (il laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle : le
racisme), la division sexuelle du travail s’effiloche graduellement (elle laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle : le
sexisme) et, avec elle, les vieux schémas phallocratiques et paternalistes basculent dans l’archaïsme. Les anciens esclaves, les femmes (dans certaines portions du monde même les enfants) sont
désormais salariés. L’égalité s’instaure graduellement, inexorablement. Par rapport à l’ancien ordre, tout est nivelé parce que monnayable. Une omniprésente inégalité,
unique et constitutive, se maintient, en éliminant toutes les autres : celle de la quantité d’argent détenue et obtenue.
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Les représentations idéologiques de nature féodale ne sont pas intégralement évacuées.
De fait, comme la fumée après un grand incendie, l’idéologie traîne longtemps dans l’espace après l’extinction des conditions objectives de son engendrement.
On peut même dire que la culture intime d’un groupe reste marquée par la phase historique de sa grandeur et que son idéologie en reste inévitablement durablement teintée.
La période dorée laisse de la poussière d’or qui colle à la surface des idées nouvelles.
L’hétérosexualité masculine connut son âge d’or sous la féodalité.
L’homme homosexuel en ce temps était marginalisé, tyrannisé, éradiqué, rejeté, nié.
L’homme hétérosexuel fleurissait dans la soumission de sa femme, de ses serfs et du clocher du village à sa loi et à son ordre.
Encore aujourd’hui, l’homme hétérosexuel cardinal est celui qui se comporte en gentleman, ce qui implique un gestus, un ensemble de pratiques ordinaires, un ton, un style (singé ou
surfait, naturel ou exagéré) directement hérités des temps féodaux et jouant toujours un rôle non négligeable dans la dynamique de séduction hétérosexuelle.
L’amour courtois et ses photocopies contemporaines sont un culminement hétéro…
Dans le torrent de tout ce qu’il libère, le capitalisme libère aussi l’homosexualité masculine.
Tous les verrous de l’armure de masculinité du hobereau féodal sautent les uns après les autres et l’admiration, ouverte ou secrète, qu’il ressentait pour son propre groupe se modifie
insensiblement.
La proximité virile qu’il entretenait au sein de sa propre culture intime peut graduellement sortir de l’enclos circonscrit de la
camaraderie strictement codée des cercles masculins et se
débrider.
Sur les quelques siècles qui nous voient passer du capitalisme industriel au capitalisme tertiarisé, commerçant, transnational, mondialiste et technologique de notre temps, l’homosexualité passe
de la culture de résistance d’un Oscar Wilde et d’un John Keynes à la culture de masse des parades de la fierté gay et du
mariage homosexuel.
L’hétérosexualité fut un phénomène de masse sous la féodalité.
L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.
Cette médaille a évidemment son revers.
La culture homosexuelle masculine sera donc, face à l’Histoire, une culture profondément et intrinsèquement marchande.
Elle sera marquée aux coins de l’individualisme, du narcissisme, de la
publicité, de la promotion de soi, de la compétition à outrance, de la mise en marché, de la surconsommation, du gaspillage, du cynisme insensible.
Elle sera les USA du sexage, en quelques sortes.
L’homme hétérosexuel s’engageait avec une femme et la trahissait crucialement en la trompant, car tout dans ses rapports de sexage procédait du lien, voulu éternel, s’établissant entre l’homme
d’armes constant et la stabilité de la terre et du sain lignage du troupeau.
L’homme homosexuel qui change de partenaires, temporairement ou non, ne transgresse aucun ordre.
Il fait tout simplement rouler la marchandise.
Il sélectionne un nouvel objet de plaisir, en évalue l’âge, le poids, l’attitude, la posture, le volume de la bite, les aptitudes de performance puis le consomme et jette après
usage…
Que vive et fleurisse l’homosexualité masculine.
Et surtout, vivement qu’elle se libère du mode de production marchand qui la distord, restreint sa portée, rapetisse son universalité, enfreint son épanouissement légitime et l’expose aux
jugements discriminatoires et aux descriptions superficielles de ses détracteurs d’arrière-garde.
Source : http://ysengrimus.wordpress.com/2008/08/13/homosexualite-masculine-et-capitalisme/ (avec l'accord de
l'auteur)
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