Le Blog de Jj
ou la vie d'un papa gay à Toulouse
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Yves Navarre, souvenirs perdus |
La postérité littéraire est cruelle, et le fantôme d’Yves Navarre ne plane guère sur la culture gay. Pourtant, le romancier suicidé en 1994, fut vingt ans durant, le grand auteur homosexuel français. La réédition de ses romans ainsi que la publication de nouvelles inédites par H&0 ravive sa mémoire et celle de son œuvre.
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Qui lit encore Yves Navarre ? La question mérite d’être posée tant le souvenir de l’auteur des "Loukoums" semble s’être estompé de notre mémoire collective, et tant ses livres n’encombrent guère (c’est le moins qu’on puisse dire) ni les rayons des librairies ni les bibliothèques des plus jeunes d’entre nous. En rééditant ses romans ("Le petit galopin de nos corps" et "Portrait de Julien devant la fenêtre" sont ainsi récemment reparus en édition de poche) et en publiant des inédits (le recueil "Avant que tout me devienne insupportable" : voir encart), les éditions H&0 tentent de lutter contre cet oubli injuste.
Qu’un éditeur gay choisisse ainsi de remettre en avant l’œuvre d’Yves Navarre rappelle ainsi clairement la place et le rôle essentiels tenus par l’homme et l’auteur Navarre dans la visibilité et la construction de l’identité homosexuelles en un temps où cela n’allait pas de soi, les années 70-80. Lorsque son "Jardin d’acclimatation" obtient le Prix Goncourt en 1980, il est immédiatement adopté par la communauté gay qui parle de "Notre Goncourt". Manière de reconnaissance collective pour une personnalité qui n’a jamais mis son drapeau homo dans sa poche (il est ainsi un des participants à la première émission de télé sur l’homosexualité en 1975, et porte en 1981 un message de François Mitterrand aux participants d’un Gay Tea Dance au Palace), la plupart de ses romans y revenant sans cesse avec une sorte de violence désespérée.
C’est peut-être cette noirceur, cette peinture d’une homosexualité confrontée à l’hostilité de la société (le héros du "Jardin d’acclimatation" est ainsi victime d’une lobotomie censée le guérir voulue par sa famille) mais aussi à ses propres autocensures, qui fait que l’on ressent aujourd’hui comme datée une œuvre dans laquelle les gays ne se reconnaissent plus. Cette désaffection avait d’ailleurs commencé du vivant de Navarre (le titre d’un de ses derniers ouvrages, un roman sur un couple confronté au sida, dit assez son amertume : "Ce sont amis que vent emporte"), le conduisant à l’exil au Québec puis au suicide en janvier 1994.
Si son style a malheureusement vieilli malgré ses fulgurances et son incontestable beauté, l’œuvre de Navarre n’en demeure pas moins essentielle à la compréhension d’un pan de notre histoire (il suffit de lire sa très sensible "Biographie" pour le comprendre). Témoin actif de son temps, Yves Navarre, avec sa douleur en bandoulière, sa lucidité blessée, ses colères mais aussi son humour glacé (voir "Louise" par exemple), mérite de retrouver une place dans notre panthéon.
Source : http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=culture&articleID=14946
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