Une équipe américaine dirigée par Kathleen Collins, biologiste de l'Université
du Michigan, a en effet trouvé que le redoutable virus est capable d'infecter des cellules souches multipotentes de la moelle osseuse, qui sont la source des cellules immunitaires
habituellement ciblées par le VIH - et de la plupart des cellules du sang par ailleurs.
On savait déjà que de tels « refuges » existaient, puisqu'on connaît de nombreux cas de patients qui ne montraient plus aucune trace du virus pendant des années grâce aux médicaments
actuels, très efficaces, mais dont l'état se dégradait dès qu'ils cessaient de les prendre.
Cependant, selon les experts consultés par Le Soleil, ce nouveau réservoir a des caractéristiques qui vont rendre le combat un peu plus ardu.
« Ça nous complique la tâche parce que ces cellules souches-là ont une
durée de vie très longue, qui pourrait être quasiment une vie humaine au complet », explique le microbiologiste de l'Université Laval André Darveau, qui souligne au passage que l'étude n'a
porté que sur un très petit échantillon de neuf patients.
Quand le virus infecte une cellule, il insère son génome à celui de la
cellule-hôte, puis disparaît presque complètement.
Il devient alors pratiquement indétectable, car la seule trace qu'il reste de lui est un bout de matériel génétique dans le noyau de la cellule.
Le VIH ne réapparaîtra sur les radars que lorsque le cellule infectée sera activée, car celle-ci se mettra alors à fabriquer des copies de virus.
Mais comme les cellules souches de l'étude de Mme Collins peuvent demeurer très longtemps en dormance, ses résultats de recherche signifient donc qu'un patient pourrait théoriquement apparaître
faussement exempt du VIH pendant des décennies.
Bref, « cela représente un obstacle majeur pour l'éradication du VIH par
les thérapies qu'on connaît », résume Dr Michel J. Tremblay, spécialiste du sida de l'UL.
On pourrait en principe tenter d'activer ces cellules souches en dormance pour forcer celles qui sont infectées à se révéler, dit-il, mais cette approche, nommée purge therapy, a déjà
été testée et n'a pas donné de bons résultats.
En outre, ajoute-t-il, « on ne sait pas encore si
ce réservoir est le principal ».
Mais malgré les apparences de « mauvaise
nouvelle » de cette découverte, le Dr Tremblay rappelle que cette dernière a aussi un bon côté : « Pour combattre un ennemi efficacement, il faut commencer par bien le connaître
», dit-il.
Et de ce point de vue, toute découverte est un pas dans la bonne direction.
de Jean-François Cliche (Le Soleil)
Source :
Cyberpresse.ca

















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