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Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 05:59
- Publié dans : Info utile

 

 

Oh ! la Barbe !!!

 

  

  

La barbe est l'apanage du sexe fort ; ornement naturel d'un mâle visage, elle devient indispensable à l'expression physionomique. Considérée comme auxiliaire de la beauté virile, la barbe accroît ou diminue les proportions du visage, en élargit ou en rétrécit l'ovale ; elle jette ses teintes sur les joues, sur la lèvre supérieure et le menton ; elle protège la peau de ses ombres soyeuses, en augmente l'éclat et contribue puissamment à la majesté de la face humaine. 

 

brosses.jpg

 

Chez tous les peuples de l'antiquité, la barbe fut en honneur.

 

Les grands dieux du paganisme étaient représentés avec une barbe olympienne ; les demi-dieux, ces héros des temps homériques, brillèrent autant par leur forte barbe que par leurs exploits. 

 

Les patriarches et les prophètes s'honoraient d'être barbus ; et Moïse témoigna de son respect  pour les barbes, en invoquant un ordre divin qui défendait aux hommes de se raser.

 

Les rois, philosophes, magistrats, guerriers, et tous les hommes libres de ces lointaines époques portaient la barbe entière ; les esclaves seuls et les hommes déchus étaient impitoyablement rasés. 

 

Les Indiens punissaient les grands criminels en les rasant ; les Crétois coupaient la barbe aux voleurs et aux incendiaires ; les Perses et les Mèdes rasaient leurs prisonniers, en signe d'esclavage.

 

Chez les Spartiates, la perte de la barbe était infligée à ceux de leurs soldats qui avaient fui dans un combat.

 

Les druides rasaient leurs victimes humaines avant de les immoler dans leurs monstrueux sacrifices.

 

Les sénateurs romains se montraient si fiers de leur barbe, que, lors de la prise de Rome par les Gaulois, le sénateur Papirius préféra mourir que de laisser impunie l'insulte faite à sa barbe.

 

Enfin, l'histoire ancienne nous montre que, partout, la barbe fut honorée et soigneusement cultivée. 

 

Une histoire complète des vicissitudes que la barbe a éprouvée parmi les nations du globe serait fort curieuse, mais beaucoup trop longue pour un traité comme celui-ci ; nous devons nous borner à en relever les traits les plus saillants. 

 

Les peuples des temps héroïques ou primitifs conservaient toute leur barbe ; les guerriers seuls en retranchaient l'excès, qui aurait pu les gêner dans leurs divers exercices. 

 

A une époque de civilisation plus avancée, les Athéniens, ces grands fabricateurs de modes de l'antiquité, furent les premiers qui la coupèrent, tantôt partiellement, tantôt en entier ; et les peuples voisins suivirent leur exemple, à l'exception de la fière Sparte, qui considéra toujours l'homme barbu comme libre, et l'homme rasé comme esclave.

 

Depuis Romulus jusqu'à César, les romains portèrent la barbe entière ; ils sacrifiaient la première barbe à Jupiter Capitolin, et ne touchaient plus à la seconde.

 

Les quatorze premiers empereurs romains se firent raser ; mais Hadrien, pour cacher quelques cicatrices difformes, laissa croître sa barbe, et aussitôt.

 

La mode s'en étendit sur tout l'empire.

 

Constantin parut : la barbe fut proscrite.

 

Sous Héraclius, la barbe fut remise en honneur, et ses successeurs continuèrent de la porter. 

 

Les Tartares se sont montrés un des peuples les plus entichés de leur barbe ; ils firent de longues et sanglantes guerres aux Persans et aux Chinois, parce que ces deux peuples, au lieu de porter, comme eux, la moustache retroussée, la laissaient pendre. 

 

Pendant une longue suite de siècles, les Orientaux n'ont pas varié sur la forme et la considération accordée à la barbe.

 

Jurer par la barbe fut toujours pour eux un serment réputé inviolable ; insulter une barbe est encore la plus grave injure qu'on puisse leur faire, et qui exige du sang pour réparation ; donner sa barbe à baiser est, au contraire, le signe d'une grande faveur ou d'une amitié intime.

 

Charles XII faillit soulever contre lui les janissaires qu'il avait pris à sa solde, par la menace de leur faire couper la barbe.

 

Lorsque Pierre le Grand  opéra la dissolution de la redoutable milice des Strélitz, on ne fit que murmurer ; mais lorsqu'il contraignit les Russes à couper leur barbe, des séditions éclatèrent et son trône fut un instant menacé. 

 

Les Occidentaux, au contraire, ont toujours montré une grande inconstance au sujet de la barbe, dont les modes et les coupes ont été aussi fréquentes que variées, surtout parmi le peuple français, ces Athéniens de la civilisation moderne. 

 

Si nous remontons au berceau de la monarchie, nous voyons Pharamond et ses Francs porter la barbe entière.

 

Sous Clodion, la barbe du menton subit une diminution au profit de la moustache, qui se porta fort longue.

 

Childéric relégua la barbe dans la classe populaire, et voulut avoir une cour rasée.

 

Clovis restitua à la barbe ses anciennes prérogatives.

 

On rapporte que ce monarque envoya des ambassadeurs au roi Alaric pour le prier de venir lui toucher la barbe, c'est-à-dire d'être son allié.

 

Loin de se rendre à la demande de Clovis, le roi des Visigoths maltraita la barbe des ambassadeurs, ce qui occasionna une déclaration de guerre.

 

Les Français, indignés de cet acte de violence, jurèrent par leur barbe de venger l'affront et de punir l'insolent.

 

En effet, les Visigoths furent taillés en pièces, et Alaric paya de sa vie l'insulte faite à des barbes respectables. 

 

Au commencement du sixième siècle, la barbe du menton fut taillée en pointe et les favoris continuèrent à encadrer le visage.

 

Pendant tout ce siècle et le suivant, la barbe devint, chez la nation française, l'objet de soins très assidus ; on cultivait, on nourrissait sa barbe, et l'on trouvait cet ornement beau et très respectable.

 

La mode et le luxe essayèrent d'associer des tresses d'or et des perles à la barbe du menton ; mais cela ne dura que peu de temps.

 

La barbe, à cette époque, était chose si sacrée, qu'il n'était pas permis de la couper à un homme libre sans son consentement.

 

Ce mot, sans son consentement, indiquait une seule exception : c'était lorsqu'un laïque barbu embrassait l'état ecclésiastique, l'évêque non barbu avait le droit de le faire raser.

 

Cette circonstance nous fournit le sujet d'une digression fort curieuse sur les vicissitudes de la barbe dans le corps ecclésiastique, depuis le commencement de notre ère jusqu'au seizième siècle.

 

Les premiers successeurs de saint Pierre portèrent la barbe longue, et ils n'en paraissaient que plus vénérables ; cela dura jusqu'au jour où deux pontifes, l'un barbu, l'autre rasé, engagèrent une lutte suite au sujet de la barbe.

 

Le pontife barbu protégeait les barbes, le pontife rasé voulait les proscrire.

 

Nous ferons observer que ce dernier, atteint d'alopécie, et n'ayant pas un cheveu sur la tête, pas un poil au menton, séchait de jalousie devant une belle barbe.

 

C'est absolument le cas du renard qui, ayant perdu sa queue, voulait la faire couper aux autres.

 

De violentes contestations eurent lieu entre ces deux chefs ; il s'ensuivit de haineuses disputes; ils s'anathématisèrent réciproquement et devinrent deux ennemis acharnés, tant il est vrai que les passions humaines percent à travers le manteau de la religion.

 

Le clergé grec tenait beaucoup à sa barbe, le clergé romain voulait la lui faire couper.

 

Dans cette occurrence, le patriarche de Constantinople intima l'ordre à tous ses prêtres de soigner, de laisser croître plus que jamais leur barbe ; le pape de Rome fit barbifier et tonsurer les siens. 

 

Telle fut l'origine de la différence qui existe aujourd'hui dans la physionomie des deux clergés grec et romain.

 

Mais tous les prêtes d'Occident ne voulurent pas se soumettre à cet ordre, et la barbification ne fut que partielle.

 

Plusieurs Pères de l'Eglise défendirent  avec chaleur la majesté de la barbe, et le concile de Carthage déclara indignes ceux de ses adhérents qui oseraient se la couper.

 

Saint Clément d'Alexandrie, saint Cyprien, saint Chrysostome, saint Epiphane, Saint Jérôme, saint Ambroise, et le savant Sidonius, évêque de Clermont, parlèrent en faveur de la barbe.

 

Cette vénération pour la barbe dura jusqu'au pontificat de Léon IX, dit Brunon, qui lança plusieurs décrétales contre elle.

 

Vint ensuite le pape Grégoire VII, ce terrible persécuteur des têtes couronnées, qui se déclara l'ennemi le plus acharné des mentons barbus, et leur fil une guerre à outrance.

 

Alors, sur tous les mentons, tombèrent les foudres de l'Eglise ; elles atteignirent aussi les moustaches, et les récalcitrants furent réduits à les porter très minces.

 

Pierre Benoît, évêque de Saint-Malo, eut beaucoup de peine à vaincre l'obstination des ecclésiastiques de son diocèse ; il fut obligé, en 1370, par des statuts synodaux, de proscrire la moustache et la touffe du menton.

 

Insensiblement, le clergé français s'habitua à se raser entièrement le visage, et montra son menton à triple étage. 

 

Plus tard, quelques papes guerriers jugèrent convenable de laisser croître leur barbe ; et l'on cite, entre autres, Jules II, qui se montra fort glorieux de la sienne, et se déclara le protecteur de toutes les belles barbes.

 

L'interdit fut levé ; les gens d'Eglise purent de nouveau se caresser les poils du menton. Les prélats de cour, les abbés coquets, firent parade de leur longue barbe ou de leurs jolies moustaches. 

 

Cependant un nouvel orage se préparait.

 

Les anti-barbistes eurent la malignité d'insinuer qu'une bulle du pontife romain allait fulminer contre les barbes sacerdotales.

 

Ils crièrent à l'impiété, à la profanation ; ils exhumèrent toutes les décrétales, les bulles, les canons, les anathèmes, les fulminations, lancés contre la barbe.

 

On en fit une affaire de religion ; les esprits  s'échauffèrent de part et d'autre, et peu s'en fallut que les barbus obstinés ne fussent battus par les rasés furieux.

 

Enfin, traquée jusque dans ses derniers retranchements, la barbe sacerdotale qui avait soutenu un siège de quinze cents ans, succomba, vers la fin du seizième siècle, à cette guerre à outrance.

 

Mais terminons cette digression déjà trop longue ; car il faudrait des volumes pour relater tous les incidents et accidents, toutes les influences et circonstances qui firent du clergé romain, jadis barbu, un corps rasé et tonsuré.

 

Assez donc sur ce sujet, et revenons à l'histoire de la barbe en France.

 

Sous les rois fainéants, la barbe diminua de volume et de longueur.

 

A l'avènement de Charlemagne, la barbe du menton fut supprimée, en revanche, les moustaches augmentèrent d'épaisseur et de longueur.

 

Charles le Chauve, en imposant la mode des cheveux courts, voulut, par compensation, donner aux moustaches de ses sujets la longueur qu'il faisait perdre à leurs cheveux.

 

Aussi le règne de ce roi fut-il le règne des longues moustaches, dites à la Chinoise.

 

L'incommodité de ces moustaches ne tarda pas à se faire sentir, et, sous Louis II, on en retrancha la portion tombante, et on leur donna la forme horizontale, relevée  sur les coins de la bouche.

 

Cette forme n'eut que peu de durée ; sous le règne de Charles le Simple, la houppette du menton et les moustaches tombèrent sous le rasoir.

 

Elles tentèrent de reparaître sous Louis le Gros, mais Louis VII ordonna leur entière suppression. 

 

Vers le milieu du quatorzième siècle, quelques seigneurs parurent en barbe à la cour de Philippe de Valois ; ce monarque leur ayant fait accueil, la mode des moustaches relevées reprit de nouveau.

 

A la mort du roi, cette mode ayant perdu son protecteur, le rasoir vint encore une fois se promener sur les visages français.

 

La corporation des barbiers prit une certaine importance ; plusieurs d'entre eux devinrent les favoris des rois, et s'élevèrent même aux premières charges.

 

Cet état de choses dura jusqu'en 1521, un accident arrivé à cette époque à François Ier remit la barbe en honneur.

 

( Pour la petite histoire, François 1er ayant été blessé à la tête, d'un tison, dans une partie de plaisir, fut obligé de se couper les cheveux.  Craignant d'avoir l'air d'un moine avec le chapeau de ce temps, la tête rase et sans barbe, il imagina de porter un chapeau et de laisser croître la barbe. Les Français portèrent les cheveux courts et la barbe longue jusqu'à Louis XIII).

 

Les moustaches prirent des formes gracieuses ; elles furent coquettement relevées cirées et parfumées.

 

Henri IV donna aux barbes la forme carrée.

 

Sous Louis XIII, la moustache fut taillée en brosse, et le menton ne conserva qu'une petite touffe pointue.

 

Louis XIV réduisit encore la touffe du menton, nommée royale, et fit porter la moustache horizontale, à pointes relevées.

 

Le règne de Louis XV vit la barbe et la moustache disparaître.

 

L'Empire ne la souffrit qu'à ses sapeurs et ses soldats d'élite.

 

La Révolution de 1830 ramena la barbe au menton et sur la lèvre de nos jeunes gens, qui, avec raison, se montrent fiers de ce mâle attribut de leur sexe. 

 

Enfin, les Français, depuis si longtemps et tant de fois chevelus ou tondus, rasés ou barbus, selon le caprice des grands, peuvent aujourd'hui laisser pousser leur barbe et leurs cheveux, ou les faire tailler à leur guise, grâce à nos institutions constitutionnelles et républicaines. 

 

Telle est l'histoire abrégée des vicissitudes de la barbe. 

 

 

 

Source : Tirée de l'ouvrage "Hygiène médicale DES CHEVEUX et de la  BARBE" par  A.Debay [1854]

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