François-Xavier ou la vie gay de tous les jours
Le sida est mieux soigné, les discriminations demeurent
Vingt-cinq ans après la découverte du VIH, les acteurs de la lutte contre le sida portent un regard contrasté sur l'évolution de l'épidémie
Vingt-cinq ans après l’identification du virus du sida, où en sont la recherche, la prise en charge et l’acceptation sociale de la maladie ?
Durant trois jours, un colloque organisé à Paris va se pencher sur les principales évolutions de la lutte contre la maladie. Le point avec quatre témoins.
« Les
stigmatisations autour de la maladie restent fortes »
Bruno Spire, Président de l’association Aides
L’acceptation sociale de la maladie n’a pas progressé de la même manière que les traitements. Les tabous, la stigmatisation, les discriminations liés à la maladie restent toujours très lourds. Il est toujours aussi difficile qu’il y a vingt ans de parler du sida autour de soi, non seulement dans le milieu professionnel mais aussi dans la sphère privée. Au-delà de leur situation sociale, beaucoup de personnes séropositives vivent dans la peur d’un rejet affectif ou amical. Je dirais même que la solidarité autour des personnes touchées est moins forte qu’il y a vingt ans, à l’époque où les malades mouraient en masse. »
« Deux
comprimés par jour, un le matin, un le soir »
Thierry (1), 46 ans, vivant avec le VIH depuis onze ans
(1) Le prénom a été modifié.
« Toujours 10
% d’échecs thérapeutiques »
Denis Méchali, Chef de l’unité des maladies infectieuses de l’hôpital de Saint-Denis
Malgré ces progrès, nous sommes toujours confrontés à environ 10 % d’échecs thérapeutiques. Certains de ces échecs sont liés à des problèmes de résistance du virus aux médicaments. Mais beaucoup de décès sont surtout liés à un dépistage et une prise en charge trop tardifs de la maladie. Certaines personnes tout d’abord renoncent à aller à l’hôpital car elles n’ont pas de papiers ou n’ont pas les moyens de payer les soins. Le sida étant une maladie chronique grave, il est pourtant possible en France d’obtenir une aide médicale gratuite pour se soigner.
L’autre problème est lié aux représentations de la maladie, qui peuvent jouer sur l’observance, c’est-à-dire le fait de bien prendre ses médicaments. Dans certaines communautés, il y a toujours une grande difficulté à assumer cette maladie et donc à l’accepter. Et il est très difficile pour une personne qui n’accepte pas sa maladie d’accepter du même coup son traitement, et donc d’arriver à le prendre de façon régulière. Cette question des représentations de la maladie est essentielle, car elle prouve que le fait de faire une belle ordonnance ne résout pas tous les problèmes. »
« Trois
millions de personnes sous traitement dans les pays du sud »
Michel Kazatchkine, Directeur exécutif du Fonds mondial contre le sida des Nations unies
Je me souviens en 1996 de la Conférence de Vancouver et de son slogan : “One world, one hope” (Un monde, un espoir). D’un seul coup, il y avait cette idée qu’à partir du moment où des traitements efficaces apparaissaient, il n’était pas tolérable qu’ils soient réservés aux seuls pays riches. Ensuite, un premier pas important fut, en 1998, l’appel lancé par le président Jacques Chirac et Bernard Kouchner, à Abidjan, pour la création du Fonds de solidarité thérapeutique international.
Un mouvement qui s’est poursuivi en 2001 avec ce nouvel appel, signé Kofi Annan (alors secrétaire général des Nations unies) pour la constitution d’un « trésor de guerre » pour la lutte contre le sida. Cet appel s’est concrétisé l’année suivante par la mise en place du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Ce fonds, qui avait zéro dollar en caisses en 2002, a aujourd’hui déjà engagé 11 milliards de dollars (soit 7 milliards d’euros). Et 10 autres milliards de dollars nous sont promis d’ici à 2010. Cette mobilisation de la communauté internationale a permis des avancées tout à fait considérables. En 2002, il y avait environ 150 000 personnes sous médicaments antirétroviraux dans l’ensemble des pays en développement, Brésil compris. Aujourd’hui, environ trois millions de personnes dans ces pays peuvent bénéficier d’un traitement : 1,5 million grâce aux programmes du Fonds mondial et 1,5 million grâce au programme américain Pepfar.
Certes, les besoins restent très importants. Aujourd’hui, on estime que 30 % des personnes ayant besoin d’un traitement peuvent en bénéficier. Mais il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas si longtemps, nous en étions seulement à 1 %. Face aux discours de certains cyniques qui continuent à dire que tout cela n’est qu’une goutte d’eau, il est important de rappeler ces chiffres. Et de dire que lorsque la communauté internationale se mobilise, les choses avancent de manière quand même formidable. »
Recueilli par Pierre BIENVAULT
Source : La Croix
Mar 20 mai 2008
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